« Le paradoxe de la pensée »

Dans son dernier ouvrage Le paradoxe de la pensée, les exigences contradictoires de la pensée philosophique, Vincent Citot, philosophe, fondateur, illustrateur et rédacteur en chef de la revue Le philosophoire, évoque Lequier à plusieurs reprises. Il le situe au 19ème siècle avec Renouvier et Comte dans le courant de l’humanisme critique et du scepticisme constructif.

« Moins porté sur la science, mais tout autant sur les paradoxes, Jules Lequier apparaît dans son siècle comme une étoile filante, aussi brillante que son passage fut bref. Mort à quarante-huit ans, il n’a laissé qu’une œuvre assez maigre, mais dont la densité dépasse toutes les autres. Le scepticisme dynamique que l’on tente péniblement d’articuler ici, il l’a mis en pratique d’une façon vertigineuse sans chercher à lui donner un nom. Sa philosophie exprime le tiraillement d’une pensée cherchant sa propre pertinence, et doutant d’elle-même pour mieux la saisir. Il cherche, comme Descartes, une évidence première et fondamentale. Cette entreprise l’amène à se demander ce qu’est l’évidence. N’est-ce pas seulement une certitude ? Comment distinguer une évidence objective d’une conviction seulement subjective ? Il faut douter. Mais il faut aussi douter du doute, car si je doute de l’indubitable, je suis dans l’erreur, et on ne voit pas bien comment, de l’erreur, pourrait sortir la vérité. La pensée ne referme-t-elle pas en elle-même une exigence qui interdise le doute à son endroit ? Ce qui, dans la pensée, semble indubitable parce que condition de la pensée, c’est la liberté. Mais il se pourrait que l’exigence de liberté, qui est au cœur de tout jugement, ne corresponde à aucune liberté réelle. Nous voilà donc contraints à la fois de nous affirmer libres et de douter de cette affirmation, ce qui revient à douter de la pensée par la pensée. La philosophie réflexive de Lequier est l’étude de ce cercle. Il en sort par un dogme : « je suis libre ». Mais ce dogme est un dogme pratique et existentiel, un acte, une révolte intime plutôt qu’un énoncé théorique. C’est l’homme qui affirme sa liberté par-delà les doutes du penseurs. Le scepticisme de Lequier trouve sa solution dans une affirmation humaniste de la liberté. » (p. 169-170)

Vincent Citot, Le paradoxe de la pensée, les exigences contradictoires de la pensée philosophique

Editions du Félin, 2011

216 p./12 euros

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