Bibliographie

Présentation

Donald Wayne Viney a eu l’idée de réaliser une bibliographie commentée sur le corpus lequiérien il y a quelques années. Cette bibliographie se présentait dans un ordre thématique et alphabétique, distinguant les éditions françaises des fragments de Lequier, leurs traductions en langue anglaise et la littérature consacrée directement ou indirectement au philosophe. Afin de la publier, après l’avoir traduite, nous avons décidé de la présenter dans un ordre chronologique, en y ajoutant un certain nombre de références qui n’apparaissaient pas dans sa mouture initiale.

Cette bibliographie commence par l’année 1865, date de la première édition d’un choix de fragments de Lequier par Renouvier, trois ans après la disparition du philosophe. En plus des diverses éditions françaises des fragments (1865, 1924, 1952, 1985, 1993 et 2010), cette bibliographie présente les éditions en langues étrangères de fragments de Lequier. Bien que le philosophe américain William James ait reçu un des exemplaire de l’édition des fragments de Lequier par son ami Charles Renouvier en 1872 ou 1873, il faudra attendre plusieurs décennies avant qu’elle y soit étudiée et que des fragments de Lequier soient traduits et publiés en langue anglaise. La première publication d’une traduction anglaise est celle du Dialogue du Prédestiné et du Réprouvé par Hartshorne et Reese (1953), suivie de La feuille de charmille par Harvey Brimmer et Jacqueline Delobel (1974). Par la suite, en 1998, un ensemble de fragments de Lequier traduits en anglais par Donald Wayne Viney a été publié chez l’éditeur américain Edwin Mellen Press (La feuille de charmille, Le Dialogue du Prédestiné et du Réprouvé et Eugène et Théophile). Abel et Abel a été traduit par Mark West et publié chez Edwin Mellen Press en 1999, avec la biographie de Lequier par Donald Wayne Viney, Incidents in the life and death of Jules Lequyer.

Il existe par ailleurs une traduction italienne de fragments de Lequier, intitulée Opere (Œuvre), datant de 1968 et réalisée par Augusto Del Noce. Cette traduction italienne a sans doute motivé un ensemble de travaux de chercheurs italiens  sur Lequier : Guiseppe Agostino Roggerone (1968), Arnaldo Petterlini (1969), Paolo Armellini (1998), Paolo Pagani (2000). Le philosophe italien Massimo Cacciari, membre d’honneur de l’association des amis de Jules Lequier, évoque le philosophe dans son ouvrage Della cosa ultima (2004). Par ailleurs, Lequier n’est pas inconnu dans les pays du nord de l’Europe. Le suédois Torbjohn Bergane a publié un essai sur Lequier : Etre moi, essai sur le problème de la liberté chez Jules Lequier (1979). Et en 2003, le norvégien Asbjorn Aarnes, spécialiste de littérature et de philosophie française, a publié une étude intitulée Jules lequier, entre liberté et nécessité. Notons enfin la regrettable absence de travaux et de traductions en langue allemande et espagnole de fragments du philosophe.

La lecture de cette bibliographie permet de prendre la mesure de l’intérêt suscité au fil du temps par une œuvre longtemps qualifiée de méconnue, de la fin du 19ème siècle au commencement du 21ème siècle. Les notices attachées aux références permettent une approche  globale et systématique (ne visant cependant pas à une impossible exhaustivité) de la réception de Lequier en France et des interprétations qui ont été faites de ses fragments, en fonction de leurs éditions successives. Nous pouvons distinguer plusieurs grandes périodes dans la réception de Lequier en France et à l’étranger.

La première s’étend sur trente ans, de 1865 à 1898, période durant laquelle l’œuvre de Lequier tombe dans un véritable oubli. En dehors des rares allusions faites par Renouvier dans ses ouvrages à propos des réflexions de son ami qu’il considère comme l’inspirateur du néocriticisme, et des fragments qu’il y reproduit (voir Renouvier, 1875, 1886 et 1888), le philosophe ne fait l’objet d’aucune étude à proprement parler. Il faudra attendre 1898 pour que paraisse enfin un premier article, signé par Gabriel Séailles, dans la Revue philosophique de la France et de l’étranger. Jusqu’en 1924, Lequier est connu par quelques « happy few » disposant d’un des 120 exemplaires de La recherche d’une première vérité, ou ayant accès à une des rares bibliothèques en conservant un. Il est intéressant de constater, durant la période allant de l’avant-guerre au début des années 20, une tentative de révision de l’influence de Lequier sur Renouvier ou de la pertinence de cette influence pour le développement du néocriticisme (Bois, Jacob, 1911, Le Savoureux, Pillon, 1912, Brunschvicg, 1920). Cette période est aussi celle des premières recherches biographiques sur Lequier, initiées par l’historien Prosper Hémon. Suite à sa mort en 1918, les documents biographiques issus des recherches d’Hémon seront déposés par sa veuve, avec les manuscrits de Lequier, à la Bibliothèque universitaire de Rennes, afin de constituer l’actuel Fonds Jules Lequier.

Lequier ne bénéficiera d’un premier véritable lectorat chez le public philosophique qu’à partir de 1924, date de publication de La recherche d’une première vérité, chez Armand Colin, par Ludovic Dugas. Philosophe et psychologue, grand admirateur de Renouvier et ami de Louis Prat, Dugas a au préalable publié plusieurs articles sur Lequier dans la Revue de métaphysique et de morale (1914, 1920 et 1922). Cette première édition publique des fragments de Lequier, réalisée par ses soins à partir de l’édition de Renouvier avec l’accord de Louis Prat, marque le début d’une seconde période de réception de l’œuvre. En 1936 paraît la thèse de Jean Grenier, première véritable étude systématique du philosophe, qui renouvelle en profondeur l’approche de Lequier, dans une optique visant à réévaluer ses fragments dans leur intégralité et dans une perspective de « philosophie chrétienne ». La publication de la thèse de Grenier, en 1936, va permettre à l’œuvre de Lequier de bénéficier d’un nouveau lectorat, notamment chez des philosophes influents (Voir Lalande et Lavelle, 1938). Durant l’entre-deux guerres et jusque dans les années 60, les nombreux travaux de Grenier sont complétés par ceux de Jean Wahl, qui, à l’instar d’Adolph Lazareff (1938), situent l’entreprise philosophique de Lequier au côté de celle de Kierkegaard, dans le mouvement des philosophies existentielles.

En 1952 paraissent les Œuvres complètes de Lequier par Jean Grenier, mais il faudra attendre le début des années 60, marquant le centenaire de la mort du philosophe, pour que des philosophes français, américains et italiens portent un regard nouveau sur ses fragments. En France, Xavier Tilliette et Jean-Marie Turpin réalisent dans les années 60-70 des articles et ouvrages sur la philosophie de Lequier (Tilliette, 1961 et 1964, Turpin, 1977), ou inspirés par la vie du philosophe (Turpin, 1978). Notons aussi les études critiques d’Émile Callot (1962) et de Jörgen Hengelbrook (1968). En 1985, Michel Valensi créé les éditions de l’Éclat et le premier livre qu’il fait imprimer est une réédition de la première partie de La recherche d’une première vérité : Comment trouver, comment chercher une première vérité (Le problème de la science). En 1991, Gérard Pyguillem publie la « Notice biographique » de Prosper Hémon aux éditions de l’Éclat, un texte bien connu des spécialistes de Lequier ayant fréquenté le Fonds Jules Lequier. En 1993, André Clair dirige la réédition de La recherche d’une première vérité aux Presses Universitaires de France et y présente l’état de ses recherches sur le philosophe dans une longue introduction. En 2000, paraît son livre Métaphysique et existence, essai sur la philosophie de Jules Lequier, dernière étude globale de la philosophie de Lequier, faisant suite à un cours sur le philosophe donné à l’UFR de philosophie de l’Université de Rennes 1, en 1998-1999.

Depuis l’an 2000, de nombreux articles et ouvrages sur Lequier ou évoquant le philosophe témoignent d’un intérêt renouvelé pour sa pensée. Par ailleurs, la tonalité poétique de certains de ses fragments et l’indissociable lien qui unit l’œuvre à l’homme sont à l’origine de plusieurs publications débordant du strict cadre des travaux universitaires.

Goulven Le Brech

Cette bibliographie chronologique commentée a été publiée dans les Cahiers Jules Lequier (n°2/2011).

1865

Lequier, Jules. La Recherche d’une première vérité, fragments posthumes. Édité par Charles Renouvier. Saint-Cloud : Imprimerie de Mme Vve Belin. [tirage à 120 ex.]

Ce livre imprimé par Renouvier à ses propres frais à 120 exemplaires, est la première édition des œuvres de Lequier. Il ne fut jamais mis en vente, mais offert par l’éditeur aux amis de Lequier et à ses admirateurs, dont William James (dont l’exemplaire est conservé à la bibliothèque Houghton de l’Université d’Harvard) et Charles Secrétan. Le livre se divise en trois sections : Comment trouver, comment chercher une première vérité ? - qui comprend La feuille de charmilleLe Dialogue du Prédestiné et du Reprouvé et le récit biblique Abel et Abel. Le nom de Renouvier ne figure pas dans le livre, mais on sait par sa correspondance personnelle et d’autres sources qu’il est à l’initiative de cette édition. Pour en savoir plus sur le contexte de cette édition et les polémiques qu’elle suscita chez les amis de Lequier Paul Michelot et Charles Sainte-Claire Deville, se référer à la note de Jean Grenier (Revue philosophique de la France et de l’étranger, 1954) et à l’article de Gérard Pyguillem (Archives de philosophie, 1985).

1874

Hello, Ernest. « Jules Léquier ». Revue de Bretagne et de Vendée. Dix-huitième année, quatrième série, Tome V (Tome XXXV de la collection), Mai 1874, Biographies Bretonnes (p. 377-381).

Ernest Hello (1828-1885), un compatriote breton et fervent catholique comme Lequier, explique dans cet hommage parut dans la Revue de Bretagne et de Vendée que « physiquement comme moralement, Lequier jouait avec les abîmes » (p. 81). D’après Jean-Louis Ollivier, le secrétaire du philosophe à la fin de sa vie, Lequier et Hello se fréquentaient. Trois mois avant sa mort, près du lieu de la baie de Saint-Brieuc où son corps sera retrouvé, le philosophe aurait évoqué ses dernières volontés à Hello. Une autre fois – Hello n’est pas clair sur ce point – Lequier se serait mit à genoux et aurait juré qu’il accepterait toutes les épreuves, sauf celle de la folie, si seulement il pouvait pénétrer le mystère de la prédestination (p. 379). Pour Hello, Lequier, qui a saisi le libre arbitre dans toute sa vérité à l’exclusion des autres vérités, « se promenait sans garde-fou sur le bord des précipices » (p. 379).

1875

Renouvier, Charles. Essais de critique générale, Deuxième Essai, Traité de psychologie rationnelle d’après les principes du Criticisme, tome 2. Deuxième édition (première édition en 1859). Paris : Bureau de la Critique philosophique.

Dès 1844, dans l’Avertissement du Manuel de philosophie ancienne, Renouvier fait état de l’influence de Lequier sur sa pensée, sans citer son nom. Il se contente d’évoquer « un ami qu’il n’est pas temps encore de nommer », dont les réflexions « ont imprimé quelquefois sur mes idées les traces des siennes. » Renouvier précise qu’il a mis à profit des analyses sur « la foi, sur la liberté, l’intervention de l’idée de liberté dans celles du savoir et de la certitude, qui sont, pour lui [Lequier], le résultat d’études sérieuses et de méditations suivies, et qui joueront un rôle important dans ses travaux : la publication n’en étant pas prochaine, c’est une raison de plus pour constater ici que les vues générales qui les dominent lui sont tout à fait personnelles » (p. 12). En 1859, trois ans avant la mort du philosophe, le nom de Lequier apparait discrètement dans la première édition du Deuxième Essai de critique générale, dans une note de bas de page située au début du chapitre sur la certitude. Voici ce qu’écrit Renouvier à propos de son ancien ami : « J’emprunte l’idée principale de ce chapitre, et tout ce qui concerne d’une manière essentielle, dans mon livre, l’établissement de la liberté et de ses rapports avec la certitude, à un philosophe, M. Jules Lequier, ancien élève comme moi de l’École Polytechnique, qu’il est d’autant plus nécessaire de citer qu’il a été retardé dans l’achèvement de son œuvre encore plus qu’il ne prévoyait » (…) « Je dois donc à la justice de déclarer que j’ai fait des emprunts nombreux et considérables à M. Lequier, sur cette grande question de la liberté, reconnue jusqu’à présent comme simplement importante, au lieu que l’importance en est souveraine en philosophie. Mais il n’était pas possible que sur d’autres matières, ou même sur des questions étroitement liées à celle-ci, la religion de l’auteur, qui est la religion catholique, ne nous séparât pas profondément » (p. 371). D’après Renouvier, cette note a été rédigée avec Lequier, qui se serait rendu chez lui à Paris et à Fontainebleau pendant l’été de 1858. La réédition, en 1875, du Deuxième Essai de critique générale contient le plus long texte de Lequier publié par Renouvier dans son œuvre personnelle. Cette édition contient par ailleurs une présentation de Lequier et de longs extraits de Comment trouver, comment chercher une première vérité (p. 165-197) sans l’introduction La feuille de charmille. Dans sa présentation, Renouvier rappelle sa dette envers Lequier et il fournit une esquisse de sa vie et de son attitude envers le catholicisme (p. 156-165).

1881

James, William. The Principles of Psychology (Volumes I and II). F. Burkhardt and F. Bowers. Cambridge Massachusetts : Harvard University Press.

Dans ce célèbre ouvrage, James cite une phrase d’un « philosophe français de génie », mais il ne mentionne pas explicitement le nom de Lequier (v. II, p. 1176). La citation est la suivante : « l’amour de la vie qui s’indigne de tant de discours ». Elle se trouve dans les fragments des cinquième, sixième et septième parties du Problème de la science (p. 69 de l’édition des Œuvres complètes de Lequier par Jean Grenier, 1952, p. 106 de l’édition des éditions de l’Eclat, 1985, et p. 70 de l’édition d’André Clair, 1993).

1886

Renouvier, Charles. Esquisse d’une classification systématique des doctrines philosophiques. Deux volumes. Paris : Bureau de la Critique Philosophique.

Les pages 91 à 93 du deuxième volume de ce traité de Renouvier contiennent des extraits de fragments de Lequier sur la croyance au libre arbitre comme fruit d’un acte libre.

1888

Renouvier, Charles. « Les Dialogues de Lequier sur le libre arbitre ». La Critique philosophique. 4ème année, n°1, janvier (p. 122-158), n°7, juillet (p. 1-17) et août (p. 81-107).

Renouvier a publié le Dialogue du Prédestiné et du Réprouvé de Lequier (Probus ou le principe de la science), en trois parties dans La Critique philosophique. Voici ce qu’il écrit en guise d’introduction dans le numéro de janvier de 1888 : « Les œuvres que Jules Lequier a laissé malheureusement inachevées et qui ont été recueillies après sa mort ne se trouvent pas dans le commerce. Imprimées à un petit nombre d’exemplaires, elles n’ont pas été mises en vente, mais distribuées à quelques personnes choisies. Cette demi-publicité suffisait pour assurer à l’auteur des titres datés dans l’histoire de la pensée humaine, mais non pour faire profiter de ses fortes et profondes analyses tous ceux qui s’occupent d’études philosophiques. Nos lecteurs nous sauront gré de mettre sous leurs yeux une partie admirable de ces œuvres posthumes, les dialogues sur le libre arbitre. Ces dialogues, peu connus, peuvent être considérés comme inédits : nous en commençons aujourd’hui la publication. »

1893

Le Gal La Salle, Mathurin. La crise : une page de ma vie. Saint-Brieuc : Fr. Guyon.

Jean Grenier a publié de brefs extraits de ce livre dans l’annexe de sa thèse La philosophie de Jules Lequier (1936, p. 315-318). Selon Grenier « Le Gal La Salle, dans un petit livre publié sans nom d’auteur et non mis dans le commerce « La crise » paru en 1893, sous le nom de Michel Abgrall  se rend à Paris pour faire diversion à un amour malheureux et demander conseil à ses anciens amis. Il trace le portrait de Lequier sous le nom de Lecaër. Nous avons ici Lequier jeune, tel qu’il devait être à Saint-Brieuc et à Paris avant qu’il eût entrepris son grand ouvrage. Ce témoignage aide à se représenter Lequier tel qu’il était à un moment où il commençait à méditer son œuvre » (p. 315). Voir aussi les extraits publiés dans les Œuvres complètes (p. 495) et dans Jules Lequier par Goulven Le Brech (p. 46-49).

1897

Séailles, Gabriel. « Charles Renouvier », Livre du centenaire de l’Ecole Polytechnique, 1794-1894. Tome 3. Paris : Gautier-Villard et fils.

Gabriel Séailles évoque brièvement Lequier dans une note de bas de page de la notice du Livre du centenaire de l’Ecole Polytechnique consacrée à Renouvier. Il y signale qu’il a réalisé une notice à propos de Lequier, que, faute de place, il n’a pas pu reproduire dans le présent ouvrage. Cette notice sera publiée un an plus tard dans laRevue philosophique de la France et de L’étranger (voir 1898).

Renouvier, Charles. Philosophie analytique de l’Histoire. Tome quatre. Paris : Ernest Leroux éditeur.

Dans ce vaste traité d’histoire la philosophie, au Livre XIX, chapitre 1, Renouvier aborde la philosophie de Lequier au sein d’un chapitre sur le criticisme français dont il est le fondateur, à la suite d’un exposé des pensées pessimistes de la fin du 19ème siècle (Schopenhauer principalement). Dans cette étude, il présente Lequier comme étant le chef du criticisme français, situant l’apport de sa réflexion pour le néocriticisme dans son rôle de révision de la conception philosophique de la connaissance et du fait moral chez Kant.Pour Renouvier, Kant s’était fourvoyé en postulant un déterminisme causal au principe de la connaissance et un monde nouménal au fondement de la morale : « Déterminisme, substantialisme, ces deux termes donnent l’explication du criticisme avorté. Ces deux principaux apriorismes de la métaphysique de Kant sont affirmés sans aucun droit, selon sa propre critique de la connaissance, et ils sont de plus contradictoires avec les postulats dont cette critique établit la légitimité » (p. 425) (…) « Donner la croyance, et la liberté avec elle, pour fondement à la première affirmation sortie d’une critique de la connaissance, c’est ce que Kant avait manqué de faire, dominé qu’il était par des préjugés métaphysiques, et c’est ce que, le premier, Jules Lequier a fait » (p. 431).

1898

Pinet, Gaston. Écrivains et penseurs polytechniciens. Paris : P. Ollendorff.

Cet ouvrage comporte un ensemble de notices sur des écrivains et penseurs qui ont fait la renommée de l’École Polytechnique : Saint-Simon, Victor Considérant, Auguste Comte, l’abbé Gratry, Charles Renouvier et quelques noms moins connus comme Lequier. Gaston Pinet aborde succinctement la vie et la pensée de du philosophe (p. 255-258) en extrayant des informations de l’introduction de La recherche d’une première vérité par Renouvier (1865).

Séailles, Gabriel. « Un philosophe inconnu, Jules Lequier ». Revue philosophique de la France et de l’étranger. Tome XLV (p. 120-150).

Cette étude de trente pages sur la vie et la pensée d’un « philosophe inconnu » est le premier et dernier article publié à propos de Lequier au 19ème siècle. Grâce aux documents biographiques sur Lequier que lui a fournit Prosper Hémon, Gabriel Séailles y dresse le portrait d’une figure attachante tant par « l’intérêt impersonnel de sa doctrine » que par « une sorte de mystère psychologique qui sollicite la curiosité en éveillant la sympathie » (p. 121). L’étude de Séailles a le mérite de prendre en compte la dimension existentielle à l’œuvre dans le déploiement de la pensée de Lequier, en s’attachant à des fragments moins spéculatifs et plus poétiques comme Abel et Abel (p. 124-125 et 145-147) ou La feuille de charmille (p. 130-132), sans pour autant négliger les autres fragments mis en avant par Renouvier dans ses propres ouvrages (voir Renouvier, 1875, 1886 et 1897). Cette étude a néanmoins le défaut de ne pas proposer une lecture alternative des fragments de Lequier à celle donnée par Renouvier, tributaire des principes du néocriticisme. Une lettre de Renouvier conservée aux Archives de l’Ecole Polytechnique mentionne un cours de Séailles sur Lequier donnée en Sorbonne, à la Faculté des Lettres de Paris, en 1893-1894. L’article de Séailles est sans doute issu de ce cours (cf. Cahiers Jules Lequier, n°1/2010, p. 33).

1905

Jacob, Baptiste. « Jules Lequyer ». Bulletin de l’Association des élèves de Sèvres, juillet 1905. [Réédition dans le premier Cahier Jules Lequier, p. 67-75]

Dans cette étude, fruit d’un long et difficile travail d’analyse des fragments de Lequier non publiés par Renouvier (voir Le Brech, « L’engagement de Baptiste Jacob », Cahier Jules Lequier n°1, 2010), Jacob met en évidence la motivation essentiellement religieuse des travaux de Lequier. « La philosophie n’avait qu’un but à ses yeux : justifier le catholicisme », explique-t-il. Jacob estime que Renouvier a donnée une interprétation erronée du développement de la pensée de Lequier, car il pensait que Lequier avait formulé sa philosophie afin de la concilier avec sa foi catholique uniquement à la fin de sa vie. Jacob cite comme preuve à l’encontre de Renouvier « l’esquisse du système » de Lequier, figurant dans le carnet achevé en 1846 (Cahier H). Jacob termine par un résumé de l’influence de Lequier sur Renouvier et de son influence indirecte, via Renouvier, sur la philosophie française de la Troisième République.

1909

Gouyet, L.L. « Un philosophe méconnu : Jules Lequyer ». Le républicain des Côtes-du-Nord. 2, 9, 16 et 23 mai 1909.

Cet article se présente comme une tentative de réhabilitation du philosophe auprès des habitants de la préfecture des Côtes-du-Nord. Après avoir esquissé les grandes lignes de la vie de Lequier, il enjoint les lecteurs de ce journal républicain à ne pas suivre l’opinion de membres du clergé de Saint-Brieuc visant à destituer l’homme de sa position de philosophe méconnu. L’auteur de l’article ne semble cependant pas connaître les écrits de Lequier car il mentionne dans une note une erreur au titre Abel et Abel gravé sur la stèle de la tombe du cimetière de Plérin, pensant qu’il s’agit de Caïn et Abel.

1910

Prat, Louis. Contes pour les Métaphysiciens : Les Réalités-Les Vérités-Les Mystères. Paris : Paulin éditeur. Réédition par Goulven Le Brech en 2009 (introduction et notes), Nîmes : Éditions Ollé Lacour.

La pensée de Louis Prat (1861-1942), fortement inspirée par la dernière philosophie de Renouvier, dont Prat a été le proche disciple et l’exécuteur testamentaire, peut être considérée comme une glose de la Formule de la science de Lequier : « FAIRE, non pas devenir, mais FAIRE et en faisant se FAIRE ». À la fin de sa vie, Renouvier, tiraillé par le problème du mal, a posé les jalons d’une théodicée personnaliste. Dans son hypothèse cosmologique « des trois mondes » présentée dans Le Personnalisme (1903), il explique le rôle de la liberté comme principe éthique et métaphysique pouvant lutter contre le mal. À l’instar du mythe chrétien de la chute, Dieu, dans un monde parfait, antérieur à la création du système solaire, aurait doté les « hommes-démiurges » d’une liberté souveraine afin de leur concéder la possibilité d’un choix moral. La déchéance du premier monde et l’entrée dans un monde vicié – notre monde actuel – serait la conséquence d’un usage déraisonnable de cette liberté. Louis Prat, d’une manière plus littéraire, a poursuivit l’explicitation de la théodicée de Renouvier dans ses écrits. Ainsi qu’il l’explique à la fin de ses Contes pour les Métaphysiciens, l’homme a la possibilité de changer l’état de guerre qui l’accable de maux, en recherchant, à la manière des philosophes antiques, une harmonie personnelle ouvrière d’une harmonie universelle. Dans le chapitre des Contes pour les Métaphysiciens consacré au mystère de l’amour Prat cite le Cantique à la conscience de Lequier (p. 171, édition 2009).

1911

Bois, H. « L’influence de Lequier sur Renouvier ». Recueil de l’Académie de Tarn et Garonne, Montauban (p. 95-106).

Bois partage l’avis de Baptiste Jacob, selon lequel Renouvier a hérité de Lequier la haute importance à accorder à la liberté, mais selon lui, son système aurait été plus fort sans cette place démesurée accordée au libre arbitre. Pour Bois, l’argument de Renouvier en faveur de la liberté réside dans le fait qu’il est absurde de déduire le déterminisme à partir d’une série infinie de causes, car cela viole le principe de contradiction (ou le principe du nombre). Et, d’autre part, que notre sens de l’obligation exige la liberté d’obéissance ou de désobéissance. La liberté ainsi conçue présuppose la foi dans la logique, la raison et l’obligation. Cette croyance relative à l’obéissance est la plus fondamentale pour Bois car elle requiert la foi dans la logique et la raison, et non l’inverse. « Le devoir m’oblige à croire à la logique et la raison » (p. 98). Pourtant, Renouvier, s’accordant avec le double dilemme de Lequier, affirme que la liberté est le fondement de la connaissance et de la certitude (voir Brunschvicg, 1920). Cette assertion est en tension – voir en contradiction – avec l’idée que la liberté exige la foi en la logique et la raison. Bois étudie le double dilemme de Lequier et conclut qu’il s’agit d’un « dilemme spécieux » (p. 103) car les arguments affirmant que le déterminisme mine la connaissance ne sont pas convaincants. Pour cette raison, Bois préfère « le Renouvier uniquement renouviériste » (p. 106).

Bouglé, Célestin. « Une visite à Renouvier ». Le Figaro, samedi 3 juin 1911.

Le sociologue Célestin Bouglé, natif de Saint-Brieuc, disciple de Durkheim et fondateur de la revue L’année sociologique évoque Lequier, Mathurin Le Gal La Salle, Baptiste Jacob et Louis Prat dans cet article en hommage à Renouvier.

Jacob, Baptiste. Lettres d’un philosophe, précédées de Souvenirs par C. Bouglé. Paris : Edouard Cornély et Cie.

Ce livre, publié par le sociologue Célestin Bouglé en hommage à son ami Baptiste Jacob, reproduit plusieurs lettres de Jacob à Mathurin Le Gal La Salle dans lesquelles il est question de Lequier. Dans une lettre datée du 2 octobre 1901, Jacob, évoquant le néocriticisme de Renouvier, estime que « sans l’action de Lequyer et sans la place démesurée qu’elle a faite à l’idée de libre arbitre dans le système de Renouvier, ce système eût été beaucoup plus fort » (p. 47). Dans le post-scriptum d’une lettre datée du 2 novembre 1901, il confirme des propos tenus par Le Gal La Salle à propos de l’âme de poète de Lequier : « Vous avez dit sur Lequyer le mot décisif : chez lui c’est le poète qui a engendré le penseur. Le jour où j’écrirai un livre sur Lequyer, c’est cette formule que je développerai » (p. 53).

1912

Drallag, E. Chant d’amour ! Hélène, ou l’éternel progrès, roman poétique, suivi d’une notice sur l’ermite des Rosaires, le philosophe Lécuyer. Saint-Brieuc : Imprimerie moderne.

Sous le pseudonyme d’E. Drallag se cache une dénommée Mme Fouaye (d’après Huerre, 1963) qui a habité « Plermont », la maison de Lequier à Plérin, à partir de 1890, et qui y est probablement demeurée jusqu’à la fin de sa vie. Ce texte, conservé sous la forme de microfiches à la Bibliothèque Nationale de France, est un roman  biographique. Il est suivi d’une notice sur Lequier, comportant un poème en prose intitulé Adieux de Jules Lécuyer. Il révèle quelques détails intéressants sur l’occupation de Plermont après la mort de Lequier et sur l’édification de légendes concernant le philosophe dans la région de Plérin.

Le Savoureux, Robert. « L’entreprise philosophique de Renouvier ». Revue de métaphysique et de morale, n°20 (p. 653-681).

Le Savoureux s’efforce dans cet article de trouver une continuité entre les premiers et les derniers ouvrages de Renouvier. Lequier est mentionné une fois dans une note de bas de page (p. 678). Selon Le Savoureux, le tournant de Renouvier vers le finitisme n’est pas uniquement dû à une argumentation rationnelle. Renouvier avait selon lui une véritable horreur de l’infini, augmentée par la crise mentale de Lequier dont il fut témoin en 1851. La croyance en un infini actuel lui faisait craindre que son ami ne succombe dans le genre d’aberrations mystiques qui peuvent tenter les âmes religieuses.

Pillon, François, « La troisième antinomie de Kant, la croyance à la liberté, le dilemme de Lequier et le primat de la raison pratique ». L’Année philosophique, Vingt-deuxième année – 1911, Libraire Félix Alcan (p. 73-131).

Cet article de François Pillon, collaborateur de Renouvier à la Critique philosophique fait suite à un premier article sur les deux premières antinomies de Kant et les dilemmes de Renouvier, paru dans L’Année philosophique en 1909. Dans un premier temps, Pillon analyse minutieusement l’influence de Lequier sur Renouvier, à partir des fragments publiés par ce dernier en 1865. « Il y a là une philosophie originale qui a son point de départ dans la méthode de Descartes, qui pose son premier principe – premier, par cela même indémontrable – la liberté, par une option libre rappelant le pari de Pascal, et sur l’origine de laquelle l’analyse kantiste de notre faculté et de nos moyens de connaître, la Critique de la Raison pure, n’a certainement eu aucune influence » (p. 123). Pillon s’attache ensuite à démontrer le fait que la philosophie de la liberté de Lequier est, selon son expression, « une philosophie suicide », car ruinant les fondations rationalistes du néocriticisme en postulant au fondement de la raison un acte de foi. Selon Pillon, Renouvier n’aurait pas dû placer au principe de la morale l’option « libertiste » de Lequier, à la place du principe « nécessitariste » de la morale kantienne. Pillon termine son étude en proposant sa propre philosophie : une version du néocriticisme expurgée de l’influence de Lequier, renouant avec la morale du devoir de Kant. Selon Pillon, Renouvier, séduit par Lequier, se serait fourvoyé en pensant que le dilemme Déterminisme-Liberté subordonnait les deux autres (Infini-Fini et Substance-Personne).

1914

Dugas, Ludovic. « La feuille de charmille de Jules Lequyer (texte, variantes et commentaires) ». Revue de métaphysique et de morale, v. 22, n. 2, mars 1914 (p. 153-173).

Cet article de Ludovic Dugas est une étude génétique et comparative, faite à partir des divers manuscrits de La feuille de charmille conservés au sein du Fonds Jules Lequier. La version finale de Lequier est un hymne triomphal à la liberté alors que les versions antérieures mettent davantage l’accent sur l’horreur de la nécessité. Un changement important a été de faire du vol fatal de l’oiseau le résultat d’un acte volontaire de l’enfant plutôt que le résultat du mouvement fortuit d’une branche fragile. Selon Dugas, Lequier se montre dans cette méditation à la fois un poète et un philosophe.

1920

Brunschvicg, Léon. « L’orientation du rationalisme ». Revue de métaphysique et de morale, v. 27 (p. 261-343).

Selon Brunschvicg, se bornant dans cet article au dilemme de Lequier (p. 289-290), le philosophe a confondu la distinction entre la nécessité telle qu’elle s’applique à des événements et la nécessité telle qu’elle s’applique aux jugements et, ce faisant, « l’autonomie rationnelle d’un Socrate a été sacrifiée à l’indéterminisme cosmique d’un Épicure » (p. 289). Une analyse qui permet à l’éminent philosophe d’écrire que « le dilemme de Lequier, qui se flatte de rendre au moins possible la position libre de la liberté, est l’exemple le plus frappant, et qui eût le plus réjoui un Spinoza, du déterminisme inconscient qui commande et qui entraîne la croyance au libre arbitre » (p. 289). Cette lecture réductrice de Lequier, faisant de lui l’inspirateur d’une conception erronée de la liberté, est due à une surévaluation du dilemme de la nécessité et de la liberté [7] par les disciples du néocriticisme, au détriment des autres fragments du philosophe.

Dugas, Ludovic. « Un philosophe français, Jules Lequyer ». Revue bleue, 4 septembre 1920 (p. 518-520).

Dugas a écrit cet article biographique quatre ans avant sa réédition de La Recherche d’une première vérité de Lequier chez Armand Colin (1924). Il y est fait état du petit nombre d’études existant alors sur Lequier (principalement Séailles, 1898 et Jacob, 1905) et de textes évoquant la vie du philosophe (Le Gal La Salle, 1893, la notice biographique de Prosper Hémon). Selon Dugas, « Lequier a conquis la gloire sans arriver à la célébrité » (…) « L’effort et la puissance de travail, sans parler du génie, qu’il a mis au service de cette idée [du libre arbitre] au milieu de tant de souffrance et dans une si grande misère, font de lui un héros autant qu’un penseur ».

James, Henry, Editeur. The Letters of William James, in two volumes. Boston : Atlantic Monthly.

En avril 1870, James découvre le second des Essais de critique générale de Renouvier (cf. Renouvier, 1875) à un moment critique de sa vie. Suite à sa lecture, James déclare ceci : « Mon premier acte de libre arbitre sera de croire au libre arbitre » (p. 147). Dans une lettre à Charles Renouvier du 2 novembre 1872 (v. I, p. 163), James lui demande une copie de son édition des œuvres de Lequier. Quelques années après avoir lu l’édition de La Recherche d’une première vérité par Renouvier, James l’a déposée à la bibliothèque de l’Université de Harvard.

1922

Dugas, Ludovic. « Fragments de Jules Lequyer » : « Puissance de l’idée de nécessité » et « Analyse de l’acte libre ». Revue de métaphysique et de morale. Année 29, Numéro 1, Janvier-mars 1922 (p. 63 à 75) et Numéro 3, juillet 1922 (p. 295 à 310).

 Précisant qu’il s’agit d’extraits publiés par Renouvier dans la Psychologie rationnelle (Renouvier, 1875), Dugas reproduit dans deux numéros de la Revue de métaphysique et de morale des fragments de Lequier qui se trouveront par la suite dans les Œuvres complètes, dans la rubrique intitulée « Le problème de la science » (p. 349-384).

1923

Garrigou-Lagrange, P. Fr. R. Dieu, Son Existence et Sa Nature. 4eme édition (première édition en 1915). Paris : Gabriel Beauchesne : IIe partie, ch. IV (p. 590-604).

Selon Garrigou-Lagrange l’intellectualisme et le volontarisme constituent les deux extrêmes de l’analyse de la liberté divine et de la liberté humaine que le catholicisme a rejetés. Du point de vue de l’intellectualisme, le déterminisme psychologique de Leibniz est une vaine tentative de résolution du problème. Jules Lequier et Charles Secrétan ont opté pour un volontarisme extrême : les vérités éternelles dépendent selon eux de la volonté de Dieu (dans la continuité de Descartes) et la prescience divine est sacrifiée au profit de la liberté humaine. Le dilemme de Lequier est brièvement discuté. « À vrai dire, nous ne croyons pas », explique Garrigou-Lagrange, « que le problème du libre arbitre ait fait beaucoup de progrès dans les temps modernes » (p. 601). Les réponses classiques proposées au problème du libre arbitre sont empruntée à Aristote et Thomas d’Aquin.

1924

Grenier, Jean. « Un philosophe Breton : Jules Lequier ». La Bretagne touristique, n°31, 15 octobre 1924 (p. 226-227).

Cet article, reproduit dans le Cahier Jules Lequier n°2/2011, est le premier document publié par Jean Grenier au sujet de Lequier. Grenier fait un bref résumé de la vie et de la pensée de Lequier et termine en rappelant les propos d’un compte-rendu d’une réunion de la Société d’émulation des Côtes-du-Nord, qui eut lieu en 1866, au sujet du philosophe. L’article comprend des photographies de la maison Lequier, de la statue sur son tombeau à Plérin et du lieu où son corps a été retrouvé sur la grève.

Lequier, Jules. La recherche d’une première vérité, fragments posthumes, recueillis par Charles Renouvier. Notice biographique par Ludovic Dugas.Paris : Librairie Armand Colin.

Cette réédition du volume de Renouvier a été la première édition des écrits de Lequier à bénéficier d’une large diffusion, plus de soixante ans après la mort du philosophe. Les cinquante-huit pages de l’essai introductif de Dugas, intitulé « La vie, l’œuvre et le génie de Lequier » s’appuie fortement sur la biographie Hémon (voir Lequier, 1991). Recension par Georgette Ryner dans L’en-dehors, 1924, L.J. Russell dans Mind, v. 36, 1927 (p. 512-514) et Emmanuel Leroux dans les Annales de Bretagne, 1928, volume 38, numéro 1 (p. 253-254).

1925

Roure, L. « Jules Lequier, le philosophe tragique ». Les études philosophiques, 5 avril 1925.

1927

Hamelin, Octave. Le système de Renouvier. Paris : Librairie philosophique J. Vrin.

Cet ouvrage est un cours en Sorbonne publié de manière posthume par P. Mouy. Philosophe disparu prématurément par noyade comme Lequier, mais dans des circonstances différentes [8], Octave Hamelin (1856-1907) a été un des plus brillants disciples de Renouvier. Dès les premières pages de son étude, consacrées aux premiers ouvrages du maître (les Manuels de philosophie moderne et de philosophie antique), Hamelin évoque une influence déterminante sur la première philosophie de Renouvier, « radicalement différente de toutes celles dont nous avons parlé jusqu’à présent » (Descartes, Saint-Simon, Auguste Comte) (p. 8). Il s’agit bien évidemment de l’influence déterminante de Lequier sur Renouvier dès l’École Polytechnique. Plus loin, dans la partie de ce cours consacrée à la liberté, Hamelin estime, avec beaucoup de pertinence qu’ « il y aurait toute une étude à faire sur les rapports de la pensée de M. Renouvier avec celle de Lequier, et aussi sur les sources où Lequier lui-même a puisé les premiers germes de ses idées » (p. 277). Au sujet des rapports entre la pensée de Lequier et celle de Renouvier, voir Baptiste Jacob (1905), Marcel Méry (1957), Gérard Pyguillem (2001) et Cahier Jules Lequier (2010).

Hébert, Max. « Promenades philosophiques dans les Côtes-du-Nord ». Cahiers pédagogiques des Côtes-du-Nord, n°5, juin-juillet 1927.

Cet article de l’intellectuel briochin Max Hébert évoque Lequier, aux côtés de ses voisins bretons Lamennais, Renan, Mathurin Le Gal La Salle, Baptiste Jacob et Paul Lapie.

1928

Le Savoureux, Robert. « La conversion de Renouvier au finitisme ». Revue d’Histoire de la Philosophie, avril et juillet 1928.

1930

Prat, Louis. La fin du sage, Les derniers entretiens de Charles Renouvier. Paris : Librairie philosophique J. Vrin.

Louis Prat reproduit dans ce livre les dernières paroles prononcées par Charles Renouvier, à son chevet, à la veille de sa mort survenue en septembre 1903. Au moment où il aborde le problème du mal, thème central de sa dernière philosophie, Renouvier évoque celui qu’il considéra comme son maître à penser dans les termes suivants : « Ce qui importe avant tout c’est de comprendre le mal, et qu’il résulte de l’injustice. Il faut aspirer non pas à la perfection absolue, non pas à l’absolue justice, il faut lutter de toutes nos forces pour que règne dans le monde un peu plus de justice. Comme le disait mon maître, Jules Lequier, le dernier mot de la philosophie n’est pas : Devenir, mais FAIRE et, en faisant, se faire » (p. 64).

1933

Dugas, Ludovic. « Prescience et liberté ». Revue de métaphysique et de morale. Année 40, Numéro 2, Avril 1933 (p. 129-136).

Dans la continuité de son travail d’édition des fragments de Lequier (voir 1922 et 1924), Dugas reproduit ici des fragments qui seront publiés par Jean Grenier dans les Œuvres complètes aux rubriques intitulées « Le problème de la prescience » (p. 402-426) et « Critique des philosophes » (p. 328-348).

1935

Guilloux, Louis. Le Sang noir. Paris : Éditions Gallimard.

Le personnage principal de ce roman, Cripure (inspiré par le philosophe Georges Palante) est un professeur de philosophie dans un lycée qui, dans sa jeunesse, a écrit une thèse sur le philosophe Turnier (inspiré par Lequier). Guilloux a lu les œuvres de Lequier et avait une grande affection pour son voisin de Plérin. Il évoque aussi Lequier dans L’herbe d’oubli, ses souvenirs d’enfance et de jeunesse (cf. article de Yannick Pelletier dans le Cahier Jules Lequier n°2/2011).

1936

Grenier, Jean. La Philosophie de Jules Lequier. Paris : Les Belles Lettres, publications de la Faculté des Lettres d’Alger.

Ce livre, qui est la thèse de doctorat de Jean Grenier, est le premier ouvrage critique entièrement consacré à l’étude de la philosophie de Lequier. L’objectif de cette étude est de revoir l’interprétation « forcément tendancieuse » de la pensée de Lequier par Renouvier, afin de la restituer dans son ensemble (p. 9). Dans la continuité des remarques de Jacob (1905), Grenier propose une lecture de Lequier prenant en compte ses fragments théologiques et mystiques, sciemment ignorés par Renouvier. Selon Grenier, Lequier a voulu établir une « philosophie chrétienne », à la fois fidéiste et rationnelle, la liberté étant corrélativement « le dogme fondamental du catholicisme » et « le principe de la science ». Cette première édition comprend de précieux documents sur la controverse ayant eu lieu dans les journaux locaux après la mort de Lequier. On y trouve aussi un index des auteurs cités par Lequier dans ses fragments et lettres. Cet ouvrage contient en outre les photographies déjà publiées par Grenier dans son article de 1924. La thèse de Grenier a été rééditée en 1983 par les éditions Calligrammes, mais sans les précieuses annexes. Recension par J. Delpech pour Les Études philosophiques, X, 1936 (3-4),D. Bidney pour The Philosophical Review, Vol. 46, n°6, nov 1937 (p. 676-685), Emmanuel Leroux pour les Annales de Bretagne, année 1938, volume 45, numéro 45-1-2 (p. 183-185) et A. De Wealhens pour La Revue néo-scolastique de philosophie, 1941, n. 59, Volume 41 (p. 461-462).

Lequier, Jules. La Liberté. Textes inédits présentés par Jean Grenier. Paris : Librairie Philosophique J. Vrin.

Ce livre est la thèse complémentaire de Jean Grenier. Il contient de nombreux écrits de Lequier qui ne se trouvent pas dans les deux premières éditions de La recherche d’une première vérité. Grenier y publie l’inventaire des manuscrits du Fonds Jules Lequier et une description de chacune des pièces qui y sont conservées.

Prat, Louis. Charles Renouvier, philosophe ; sa doctrine, sa vie. L. Labrunie éditeur, Pamier, Ariège.

Cet ouvrage, dernier texte de Louis Prat paru de son vivant, est un ultime hommage à Renouvier. Il y est question de Lequier à plusieurs reprises, notamment concernant le rôle qu’il a joué dans le développement de la pensée de Renouvier à l’époque où ils se côtoyaient et après que Lequier ait décidé de ne plus fréquenter ses anciens amis. Selon Prat, « c’est Lequier [en effet] qui a donné, si on peut dire, une âme à la pensée de Renouvier » (p. 17).

1938

Lalande, André. « Philosophy in France, 1936-1937 ».The Philosophical Review, Vol. 47, N°1, janvier 1938, (p. 1-27).

Cet article d’André Lalande est une longue recension des ouvrages philosophiques parus en France en 1936-1937. Dans sa recension des travaux relatifs à la philosophie de Renouvier, André Lalande évoque la parution de la thèse de Jean Grenier, dont il a été le directeur. Il mentionne aussi le livre de Louis Prat Charles Renouvier, philosophe ; sa doctrine, sa vie (voir ci-dessus) et la filiation de pensée qui, de Lequier à Louis Prat, en passant par Renouvier, lie ces philosophes.

Lavelle, Louis. « La première vérité ». Article daté du 4 décembre 1938, publié dans Science, esthétique, métaphysique, Chroniques philosophique. Paris : Albin Michel, 1967.

Après Panorama des Doctrines Philosophiques et Psychologies et Spiritualité, Science, esthétique, métaphysique, publié en 1967, achève la publication des « Chroniques philosophiques » que Louis Lavelle avait fait paraître dans « Le Temps » de 1930 à 1942. Cet article sur Lequier, publié en 1938, fait suite à la parution de la thèse de Jean Grenier en 1936, que Lavelle a semble-t-il lu avec beaucoup d’intérêt. Cet article concis aborde avec beaucoup de pénétration le rapport de l’homme à la divinité chez Lequier, via le problème de la prescience divine et la conception lequiérienne du dogme de la Trinité.

Lazareff, Adolf. « L’Entreprise philosophique de Jules Lequier ». Revue Philosophique de la France et de l’étranger 9 et 10, septembre-octobre 1938 (p. 161-182). Réédité dans Vie et Connaissance : Essais (1948).

Selon Adolf Lazareff, philosophe proche du penseur russe Léon Chestov, l’entreprise philosophique de Lequier, comme celle de Kierkegaard, a été de rechercher une « philosophie existentielle », le Breton ayant été prêt à sacrifier la raison au nom de la liberté. Lazareff donne dans cet article une interprétation intéressante de la mort de Lequier : en se jetant dans les flots de la baie de Saint-Brieuc, « ce qu’il voulait, ce n’était pas tenter Dieu mais lancer à la Nécessité un terrible, un suprême défi » (p. 178).

Wahl, Jean. Études Kierkegaardiennes. Paris : Fernand Aubier, éditions Montaigne. Rééditions chez Vrin, en 1949 et 1967 (p. 430-432).

Dans cette note de trois pages, Wahl décrit six « analogies curieuses » entre les philosophies de Kierkegaard et de Lequier, avec des citations des textes de Lequier à l’appui. Cette comparaison de Wahl mérite cependant d’être relativisée, notamment par les remarques de Grenier sur les « différences nombreuses » entre Kierkegaard et Lequier (cf. Lequier, 1952, p. 9-11, voir aussi Clair, 2008).

1944

Sartre, Jean-Paul. « À propos de l’existentialisme : mise au point ». Action, n°17, 29 décembre 1944 (p. 11). Réédité dans Les écrits de Sartres. Établi par Michel Contat et Mechel Rybalka. Paris : Gallimard, 1970.

Publié après L’être et le néant (1943) et avant L’existentialisme est un humanisme (1945), ce texte de Sartre répond aux critiques faites à l’existentialisme prétendant qu’il est inspiré par le nazisme, qu’il prêche une philosophie du quiétisme et de l’angoisse et qu’il se plaît à souligner la méchanceté des êtres humains plutôt que leurs sentiments humanistes. En réponse à la deuxième critique, Sartre rappelle la thèse principale de l’existentialisme – « l’existence précède l’essence » – affirmant que les hommes se construisent par leurs choix personnels. Il écrit ceci : « aujourd’hui, l’existentialisme français tend à s’accompagner d’une déclaration d’athéisme, mais cela n’est pas absolument nécessaire. Tout ce que je puis dire – et sans vouloir trop insister sur les ressemblances – c’est qu’il ne s’éloigne pas beaucoup de la conception de l’homme qu’on trouverait chez Marx. Marx n’accepterait-il pas, en effet, cette devise de l’homme qui est la nôtre : faire et en faisant se faire et n’être rien que ce qu’il s’est fait » (Les écrits de Sartre, p. 655). La phrase, « faire et en faisant se faire » est de Lequier (cf. Œuvres complètes, p. 71).

1946

Boulan, Émile (1946). De Pascal à Victor Hugo. Librairie J. B. Wolters. Groningue, Batavia (p. 54-59).

Dans le chapitre de son livre consacré à Pascal, Boulan situe la pensée de Lequier au sein d’une section consacrée à « un problème insoluble » : celui du déterminisme et de la liberté, de la grâce et du libre arbitre (p. 54-59). Après une courte présentation de la philosophie de Lequier et une comparaison avec Pascal – « Profondeur de la pensée et lyrisme ; philosophe et mathématicien ; catholique à la foi simple, jamais ébranlée : c’est là le Breton Jules Lequier et c’est l’Auvergnat Blaise Pascal » (p. 55) – Boulan publie La feuille de charmille.

Wahl, Jean. Tableau de la philosophie française.  Paris : Fontaine (p. 153-154).

Dans ce panorama de la philosophie française, Wahl dit que « dans les fragments de Jules Lequier, on trouve quelques-unes des pages les plus belles de la philosophie française et des plus dramatiques. » Plus loin il explique que « si nous considérons la philosophie au XIXe siècle comme une grande lutte contre l’hégélianisme et l’anti-hégélianisme, nous voyons qu’un Lequier et un Renouvier y prennent place à côté de Kierkegaard, à qui Lequier ressemble par plusieurs caractères, et de William James. »

1948

Baladi, Naquib. Les constantes de la pensée française. Paris : Presses Universitaires de France (p. 50-51).

Laporte, Jean. La conscience de la liberté. Paris : Flammarion (p. 238-239 et 288-289).

Lazareff, Adolf, Vie et Connaissance : Essais. Traduits du Russe par B. de Schloezer. Paris : J. Vrin. 

Voir Lazareff, 1938.

Wahl, Jean. Jules Lequier. Les Classiques de la liberté. Genève et Paris : Editions des Trois Collines.

Ce volume de la collection « Les Classiques de la liberté » réalisé par Jean Wahl contient une sélection de textes de Lequier en provenance de l’édition de Dugas (1924), de l’édition de Grenier (1936) et une sélection d’extraits de Lequier publiés par Dugas dans la Revue Bleue(1920). Dans la continuité de Lazareff, Wahl fait un parallèle entre l’existentialisme et Lequier. C’est lui qui a introduit la pensée de Lequier outre-Atlantique en la présentant au philosophe américain Charles Hartsorne, en 1948 (voir Hartshorne et Reese, 1953).

1950

Crastre, Victor. « Jules Lequier ». Empédocle : Revue littéraire mensuelle, numéro 10 (p. 70-73).

Crastre, un élève de Louis Prat, soutient que Lequier a été ce que Kierkegaard appelait « un penseur subjectif » : quelqu’un pour qui la vie et la pensée ne sont pas séparées. Lequier est resté méconnu au XIXe siècle, période antinomique avec ce genre pensée passionnée, qui a plutôt vu la floraison d’un type de philosophie qui « mène une existence de somnambule dans la nuit glacée des concepts ». La philosophie de Lequier, au contraire, « éclaire, comme la foudre un ciel d’orage, notre univers actuel : elle dessine en traits de feu, les contradictions qui le déchirent » (p. 73).

1951

Grenier, Jean. « Un grand philosophe inconnu et méconnu : Jules Lequier ». Rencontre, no11. Lausanne, novembre 1951 (p. 31-39).

Dans cet article, Grenier se concentre sur la biographie de Lequier et fait remarquer le manque de traces à son sujet, comme si le philosophe était passé « sur la pointe des pieds ». Lequier était un « obscur entre les obscurs » (p. 32). Il y a chez lui quelque chose d’un απαξ (hapax) – quelque chose d’unique en son genre, qui complique la tache du biographe. Sa philosophie ne rentre pas dans une classification ou dans le développement historique des idées. Grenier commente avec ironie les personnes qui cherchent à classer les écoles philosophiques et les mouvements : « Les météores n’ont pas droit à l’existence parce qu’ils n’entrent sous aucune nomenclature » (p. 33). Il rapporte par ailleurs l’opinion intéressante du Dr Yves Longuet, médecin à l’hôpital psychiatrique de Nantes, écrite en novembre 1949. M. Longuet estime que Lequier présentait des symptômes de paranoïa avec des épisodes d’hallucinations et d’extase mystique. Lequier aurait souffert d’une « cyclothymie nette », faite d’épisodes maniaco-dépressifs. Grenier évoque aussi d’évidentes tendances œdipiennes chez Lequier, par exemple dans l’amour de sa mère transposé dans sa dévotion à la Vierge Marie. Mais Grenier prend quelques distances vis-à-vis de ces interprétations, estimant que « la psychanalyse a cette grande faiblesse de rendre compte de tout » (p. 37). Grenier dit que l’amour de Lequier pour Anne Deszilles a été à peu près comme l’amour de Dante pour Béatrice ou comme l’amour de Don Quichotte pour Dulcinée. Il termine l’article en évoquant les trois hypothèses concernant la noyade de Lequier : accidentelle, volontaire, ou un appel à Dieu pour sauver son génie. La troisième hypothèse réunit les deux clés de la pensée Lequier : « Liberté de l’homme, liberté de Dieu, celle-ci ne gênant pas celle-là, celle-là s’arcboutant sur celle-ci… » (p. 39).

1952

Grenier, Jean. « Jules Lequier, philosophe et théologien de la liberté ». Revue de Théologie et de Philosophie. Lausanne, no 1 (p. 1-8).

Cet article de Jean Grenier accompagne la parution des Œuvres complètes de Lequier, volume préparé par ses soins et publié en 1952 aux éditions de la Baconnière (voir ci-dessous). Il s’agit pour Grenier d’expliquer la profonde originalité de la pensée de Lequier, proposant le fiat de la liberté à la place du cogito comme première vérité métaphysique. Il explique aussi pourquoi la pensée de Lequier, bien qu’ayant soulevé la critique de philosophes rationalistes du fait de son lien à la croyance (cf. Pillon, 1912 et Brunschvicg, 1920) ne peut être assimilée à une pensée de l’existence (cf. Lazareff, 1938 et 1948 et Wahl, 1948 et 1949). Selon Grenier, Lequier, tiraillé entre la raison et la foi, doit plutôt être rapproché de Pascal, disant : « On ne montre pas sa grandeur pour être à une extrémité, mais bien en touchant les deux à la fois et en remplissant tout l’entredeux » (p. 8).

Lequier, Jules. Œuvres complètes. Par Jean Grenier. Neuchâtel, Suisse : Éditions de la Baconnière, Collection « Etre et Penser », n°33-34.

Cette édition des fragments de Jules Lequier par Jean Grenier contient le texte de l’édition de Renouvier (1865), les textes de Lequier demeurés inédits jusqu’en 1936 publiés par Grenier dans La Liberté (1936), ainsi que de la correspondance de Lequier. L’introduction de Grenier évoque la vie et l’œuvre du philosophe ainsi que le dernier état des études lequiériennes à cette date. Après l’édition initiale de Renouvier en 1865 et l’édition de Dugas chez Armand Colin (1924), les Œuvres complètes par Grenier marquent un moment important dans la réception de Lequier en France. Le titre donné par Grenier est néanmoins quelque peu trompeur car tous les fragments de Lequier conservés au sein du Fonds Jules Lequier n’y sont pas publiés (voir Tilliette, 1964 et Turpin, 1977). Recension par A. De Lattre, Revue philosophique de la France et de l’étranger, LXXIX, 7-9 (p. 425-436).

Wahl, Jean. « Réflexions sur la philosophie de Jules Lequier ». Deucalion, vol. 4 : Le Diurne et le Nocturne. Neuchâtel, Suisse : Editions de la Baconnière (p. 81-126).

Cet article qui commente les fragments publiés par Grenier en 1936 dans La liberté (republiés en 1952 dans les Œuvres complètes, p. 313-459), peut servir d’introduction générale à la philosophie de Lequier. Wahl aborde les principaux thèmes de la philosophie de la liberté via de nombreuses citations,  en notant les problèmes non résolus, les relations de Lequier avec ses contemporains et son influence sur des courants de philosophies ultérieures. Les six dernières pages concernent l’approche lequiérienne du problème du mal, la logique de l’incarnation de Dieu dans le Christ, la possibilité du salut universel et la rédemption des damnés par les bienheureux.

1953

Hartshorne, Charles, Reese, William L. éditeurs. Philosophers Speak of God. University of Chicago Press (p. 227-230).

Cet ouvrage contient la première traduction en langue anglaise de fragments de Lequier (Le Dialogue du Prédestiné et du Reprouvé).

1954

Grenier, Jean. « La première publication de La Recherche d’une première vérité ». Revue philosophique de la France et de l’étranger, LXXIX, 7-9 (p. 412-415).

Dans ce court article Jean Grenier expose le contexte dans lequel s’est faite la préparation de la publication de La Recherche d’une première vérité, en 1864, par Renouvier, et le conflit qui l’opposa à Paul Michelot et Charles Sainte-Claire Deville, deux anciens amis de Lequier. Grenier retranscrit une lettre de Renouvier à Michelot, datée du 30 octobre 1864, dans laquelle Renouvier dit que l’œuvre de Lequier est « l’œuvre la plus importante de la pensée en France depuis Descartes et Pascal ». Un peu plus loin, il précise que sur les 120 exemplaires qui seront tirés de La Recherche d’une première vérité, il a prévu d’en donner 60 à Michelot et Sainte-Claire Deville et d’en garder 60 pour sa distribution personnelle. Grenier précise ensuite que Michelot et Sainte-Claire Deville ont sans doute brûlé leurs exemplaires, car ils n’étaient pas d’accord avec le choix de fragment opéré par Renouvier. Selon Grenier, le Dialogue du Prédestiné et du Réprouvé inquiétait les anciens amis de Lequier, qui, du fait de leur attachement à l’orthodoxie catholique, auraient préféré voir uniquement publié Abel et Abel (voir Pyguillem, 1985).

1956

Huerre, H. « Compléments à la note : Joseph Léquyer, docteur en médecine briochin et indications biographiques sur son fils le philosophe Jules Lequier ». Saint-Brieuc. Mémoire de la Société d’émulation des Côtes-du-Nord, t. LXXXV.

1957

Campbell, R.  « Folie et génie chez J. Lequier ». Preuves, 77 (p. 28-33).

Champigny, Robert. « Translations from the writing of french philosophers ». The Journal of Philosophy, Vol. 54, No. 11, May 23 (p. 313-354).

Dans cet article Champigny donne des traductions d’extraits des livres de Gaston Bachelard, Raymond Ruyer, et Jean-Paul Sartre. Dans les extraits du premier chapitre sur le néo-finalisme, Ruyer aborde le double dilemme de Lequier en le comparant avec le cogito cartésien. D’après Ruyer, Lequier a découvert, dans ses réflexions concernant la liberté, le cogito cartésien sous une forme axiologique. C’est une contradiction d’expliquer la recherche de la vérité par la simple causalité. En affirmant qu’on cherche la vérité on doit affirmer aussi qu’on est libre. Comme Descartes a prouvé qu’on existe si on pense, Lequier a montré qu’on est libre si on cherche la vérité. Ruyer conclut que « Lequier’s argument and the Cartesian cogito are identical arguments. They are valid only in their axiological bearing » (p. 348).

Grenier, Jean. « Jules Lequier ». Tableau de la philosophie contemporaine, par Weber et Huisman. Ed. Fischbacher (p. 89-96).

Grenier, Jean. Les Grèves. Paris : Gallimard (p. 16-18).

Dans Les Grèves,  « nom que portaient encore, au début du siècle, les longs rubans de sable qui bordent les baies et ne s’appelaient pas encore des plages » (quatrième de couverture), Jean Grenier évoque, en les romançant, ses souvenirs d’enfance et de jeunesse à Saint-Brieuc. Dans le premier chapitre des Grèves, portant le titre éponyme à l’ensemble du récit, il cite un extrait de la notice biographique de Prosper Hémon dans lequel ce dernier raconte sa  découverte de la maison de Lequier, à Plérin, en 1880.

Jankélévitch, Vladimir. Le Je-ne-sais-quoi et le Presque-rien. Paris : Presses Universitaires de France.                                                                          

Dans la troisième section son fameux ouvrage consacré à « la volonté de vouloir » (chapitre 2, « Le Vouloir en son fin fond ») Jankélévitch évoque Lequier à trois reprises. (1) « Commencer est un grand mot », écrit Jules Lequier. Il suffisait peut-être de dire que la liberté elle-même en elle-même et quant à elle-même, libertas ipsa, que l’ipséité de la liberté enfin, coïncide avec ce pouvoir du commencement. » (2) « Il me plaît qu’il me plaise… » : ainsi parlait Jules Lequier. » (3) « Du vouloir on peut dire comme de la charité : sans lui rien ne commence, grâce à lui tout aboutit ! Pressée de dire ses raisons, la volonté immotivée, la volonté causa sui ne peut que répondre, comme l’amour, que par la question elle-même : voluit quia voluit velle…, écrit Leibniz lorsque, pour une fois, il envisage en Dieu le pouvoir, non pas de vouloir sagement, mais de vouloir volontairement. On dira sans doute que ce n’est pas une raison… Mais si l’absence de raisons était précisément la raison ? On dira sans doute que ce n’est pas une réponse… Mais c’est peut-être qu’il n’y a pas de question ? Tel est du moins l’avis de Jules Lequier. »

Méry, Marcel. Lequier et Renouvier devant le christianisme. Annales de la Faculté des Lettres d’Aix, Tome, XXXI (p. 5-25).

Méry a publié La critique du christianisme chez Renouvier en 1952, sans avoir connaissance de l’édition des Œuvres complètes de Lequier publié la même année par Grenier. Cet article ajoute un chapitre au livre de Méry, en traçant la convergence et la divergence du « disciple » (Renouvier) et du « maître » (Lequier) au sujet du christianisme. Il souligne que la pensée de Lequier sur le libre arbitre a définitivement contribué à la « conversion » de Renouvier au finitisme en 1851. Mais Renouvier interprète par ailleurs l’attachement de Lequier pour les dogmes du catholicisme comme un facteur contribuant au trouble mental qui eut lieu la même année. Selon Méry, les critiques de Renouvier à l’encontre de la foi religieuse ont été davantage motivées par son anticléricalisme que par une antipathie pour le christianisme. Il était d’accord avec le Dialogue du Prédestiné et du Réprouvé de Lequier pour affirmer que l’enseignement de l’Église sur la puissance et la connaissance de Dieu est un véritable « cauchemar ». D’autre part, il était favorable à la conception que se faisait Lequier d’une renaissance du vrai christianisme par le biais de la philosophie. Dans les mots de Méry, « Comme pour Lequier, c’est une passion chrétienne de la Vérité qui, jusqu’au bout, inspira sa recherche » (p. 25).

1960

Breton, André. Préface du Concile d’amour d’Oscar Panizza. Paris : J.J. Pauvert.

En septembre 1953 André Breton a reçu un exemplaire de La philosophie de Jules Lequier ainsi dédicacé : « Pour André, breton, hommage de Jean Grenier ». Le livre est accompagné d’une lettre de Grenier comportant cette mention : « …je suis heureux que La feuille de charmille, cette page étonnante, vous ait frappé ». Deux ans avant la réédition augmentée de Nadja, Breton évoque une première fois le nom du philosophe dans sa préface à la pièce de théâtre d’Oscar Panizza,Concile d’amour : « C’est bien la même nuée fouillée d’éclairs qui, à leurs heures, porte vers nous Dante et Milton, Bosh et Swift, certains gnostiques, Gilles de Retz et Sade, Lewis et Mathurin, le Goethe du Second Faust et le Hugo des derniers recueils, Lequier, Nietzsche, Baudelaire, Lautréamont, Rimbaud. La poésie, qui se complaît indistinctement en eux, ne permet pas de faire deux parts de leurs accents, portés au diapason de la tempête. Avant que nous ayons pu songer à nous reprendre, qu’il puisse être question de nous replier sur nos positions préalables, ils nous projettent au cœur du drame essentiel. »

1961

 Tilliette, Xavier. « Prédestination et liberté chez Jules Lequier ». Recherches de sciences religieuses, janvier-mars 1961 (p. 5-36).

Cet article est la première publication du Révérend Père Xavier Tilliette sur Lequier, un des grands spécialistes du philosophe. Dans cette longue étude il s’attache à démontrer que Lequier, dans Abel et Abel, a proposé une solution alternative au problème posé par Le Dialogue du Prédestiné et du Réprouvé. La solution théologique, suggérée par Jean Grenier, est que Dieu, situé dans une éternité successive, a une prescience limitée des actes humains. Tilliette explique comment la parabole des Abels, en faisant apparaître le mystère de l’Élection, propose une solution religieuse et existentielle qui dépasse cette hypothèse théologique en la rendant superflue. Au Lequier raisonnable mais tourmenté du Dialogue du Prédestiné et du Réprouvé, Tilliette oppose le Lequier religieux et apaisé du conte  biblique Abel et Abel. Il remarque par ailleurs « qu’au progrès de la solution correspond une modification de la tonalité, un changement de traitement littéraire. Une fois congédiées les ratiocinations scolastiques, Lequier revient à la Bible. Il imite le style des versets, leur facture poétique et imagée. » (p. 13). Tilliette explique un peu plus loin que Lequier « appartient à une lignée romantique de penseurs croyants, de Lamennais à Ernest Hello, bretons eux aussi. Mais en même temps il accomplit le vœu secret de la philosophie qui, à un moment donné, se convertit en histoire, en récit, en allégorie ou en mythe. Et là il rejoint une plus vaste, une éternelle tradition. Qu’il suffise de citer Platon bien sûr, Schelling, Novalis et, de nos jours, Heidegger. » (p. 14).

1962

Bars, Jean. « Le 26 mai, centenaire de la mort de Jules Lequier philosophe breton méconnu (1814-1862) ». Journal de Saint-Brieuc, mai 1962.

Cet article propose un résumé de la vie et de l’œuvre de Lequier et annonce la célébration du centenaire de sa mort à Quintin et à Saint-Brieuc le 26 mai 1962.

Breton, André. Nadja, « Avant-dire ». Paris : Gallimard.

Dans ce fameux roman poétique, sur le ton neutre du procès-verbal, du document « pris sur le vif », Breton rend compte « sans aucune affabulation romanesque ni déguisement du réel » des événements quotidiens survenus durant neuf jours entre lui et une jeune femme inconnue, dénommée Nadja, rencontrée le 4 octobre 1926 à Paris. Dans « l’avant-dire » de Nadja, qui ne figurait pas dans la première version du livre (1928), Breton dédie son récit à Lequier dans les termes suivants : « Feuille de charmille de Lequier, à toi toujours ! ».

Callot, Émile. Propos sur Jules Lequier, philosophe de la liberté, réflexions sur sa vie et sur sa pensée. Paris : Éditions Marcel Rivière et Cie (141 p.).

Soulignant le caractère fragmentaire des textes de Lequier et la nécessité d’une édition critique de ses œuvres (qui a été commencée mais pas terminée par Dugas et Grenier), les divers « propos » de Callot concernent la signification de la liberté chez Lequier et ses conséquences philosophiques et théologiques. Cet ouvrage contient en outre une bibliographie et une courte biographie. Recension par Xavier Tilliette dans les Archives de philosophie, 1963, n°2.

Lacroix, Jean. « L’actualité de Lequier ». Le Monde, 20-21 mai 1962.

Cet article du Monde est un résumé élégant de la philosophie de Lequier et de ce qu’elle peut apporter à la pensée contemporaine.

Tilliette, Xavier. « Jules Lequyer, philosophe breton (1814-1862). La Croix, 2 juillet 1962.

Ce court article s’inscrit dans la lignée des articles de Jean Bars et Jean Lacroix relatifs au centenaire de la mort de Lequier. Tilliette y explique la séduction qu’opèrent la pensée et la vie du philosophe sur les lecteurs de ses œuvres et des notices biographiques lui étant consacrées. « Romantique attardé à l’âge positiviste, mais possédé par le démon de la science, obsédé et lucide, rigoureux et passionné, intuitif et logicien, géomètre et poète, solitaire affamé d’amitié, instable et tenace, audacieux jusqu’à la frange de l’hérésie et pieux comme un enfant ou un pèlerin, il est une sorte d’Hamlet de la connaissance, entre le rêve et la raison, pris au filet de ses contradictions. »

1963

Grenier, Jean. « Le centenaire de la mort de J. Lequier ». Revue philosophique de la France et de l’étranger, LXXXVIII (p. 269-272).

Cet article rapporte les festivités qui eurent lieu à Quintin, Plérin et Saint-Brieuc pour la célébration du centenaire de la mort du philosophe, le 26 mai 1962. Une plaque a été apposée sur la maison natale à Quintin, des réceptions ont eu lieu à la mairie de Quintin, à Plérin et à la bibliothèque de Saint-Brieuc où ont été exposés des publications sur le philosophe. Un entretien a été organisé par l’association Guillaume Budé où il a été question des thèmes principaux de sa pensée. Grenier présente ensuite une bibliographie des études publiées depuis 1952, date de parution des Œuvres complètes. Il termine son article par un long commentaire d’une étude de Xavier Tilliette (voir 1961). Un siècle après sa mort, Grenier tire les conclusions des récentes études sur le philosophe : « Finalement la figure de Lequier apparaît de plus en plus sous un autre éclairage que celui où l’avait situé Renouvier : non pas que celui-ci ait eu tort de voir dans son ami un philosophe de la liberté, mais il n’a pas vu tous les prolongements que cette attitude avait dans le domaine de l’existence et de la foi – prolongements qui font de lui un de nos contemporains » (p. 272).

Huerre, H. « J. Léquyer, dernières recherches sur sa vie et ses relations ». Société d’Émulation des Côtes-du-Nord, Tome XCI, Saint-Brieuc (p. 103-117).

Cet article biographique, fruit de recherches pointues de la part du Colonel Huerre, contient de nombreuses précisions concernant la relation de Lequier avec Marianne Feuillet (sa fidèle servante), Anne Deszille (son amour d’enfance), Le Gal La Salle (son grand ami avec qui il se brouilla à la fin de sa vie) et sur l’évolution de sa situation financière.  

Pasquali, Antonio. Fundamentos gnoseologicos para una ciencia de la moral : ensayo sobre la formacion de una teoria especial del conocimiento moral en las filosofias de Kant, Lequier, Renouvier y Bergson. Caracas : Universidad central de Venezuela.

Tilliette, Xavier. « Connaissance de J. Lequier (1814-1862) ». Revue de métaphysique et de morale, LXVII, I, pp. 70-84.

Cet article est la première véritable étude sur Lequier à paraître dans la Revue de métaphysique et de morale, après les travaux et éditions de textes de Lequier par Ludovic Dugas (1914, 1922 et 1933). Xavier Tilliette y fait le point sur l’état des recherches lequiériennes au lendemain de la célébration du centenaire de la mort du philosophe et la veille de la publication de son ouvrage Jules Lequier ou le tourment de la liberté (1964). Après avoir évoqué l’intérêt qu’il y aurait à réaliser une approche « psychographique » de Lequier au travers de ses fragments (p. 73), Tilliette commente la démarche adoptée par Grenier pour réaliser les Œuvres complètes de Lequier. Il montre les avantages et inconvénients de la distribution thématique des fragments qui complètent La recherche d’une première vérité. Une distribution chronologique étant impossible, l’avantage réside dans la mise en évidence des idées directrices de Lequier mais elle a l’inconvénient de provoquer un morcellement des fragments. Tilliette termine son article en évoquant des propositions de thèmes de recherche sur Lequier : le rôle des mathématiques dans son œuvre (à l’instar de Pascal et Cournot), l’analyse de la langue et des procédés stylistiques dans ses écrits, des analyses comparatives avec d’autres philosophes français (rapprochements avec les œuvres de Ravaisson, Secrétan, Lagneau, Rauh, Bergson, Blondel, Sartre) et enfin l’apport des réflexions de Lequier pour la théologie contemporaine (Tilliette précise que Lequier est selon lui un « frontalier ou passeur » entre la philosophie et la théologie, p. 84).

1964

Tilliette, Xavier. Jules Lequier ou le tourment de la liberté. Paris : Desclée de Brouwer.

Ainsi que l’indique une dédicace sur l’exemplaire de cet ouvrage envoyé par Xavier Tilliette à Jean Wahl (conservé à la Bibliothèque Nationale de France), c’est Wahl qui a révélé Lequier à Tilliette, son élève. Cet essai paru en 1964, et contribuant de ce fait à commémorer le 150e anniversaire de la naissance de Lequier, offre une vision d’ensemble équilibrée et enthousiaste de la vie et de l’œuvre du philosophe, qui reprend plusieurs études de Tilliette en les complétant. « Il est fragmentaire comme l’œuvre de Lequier, vagabond comme son destin. Puisse-t-il ne pas être infidèle à son génie ! Nous l’espérons. Il y a des auteurs que l’on étudie par métier et ceux que l’on choisit par amour. Aucune obligation, aucune requête et même aucune recherche intermédiaire n’ont suscité indirectement notre intérêt pour le penseur d’Armor. Notre dette à son égard est donc pure de tout mélange. » (p. 16). Analysant la pensée de Lequier au regard de grands courants de pensées du 20e siècle Tilliette affirme avec pertinence que « nombreux sont ceux qui auraient pu et qui ont dû se reconnaître en lui, s’ils l’avaient rencontré : Dostoïevski, Bergson, Blondel, Berdiaev, Chestov, Heidegger, Sartre, et bien d’autres. » (p. 18). Dans la lignée de Grenier, il soutient que Lequier était davantage un théologien qu’un philosophe et que le « Lequier religieux » – tel qu’il s’exprime dans Abel et Abel – prend le dessus sur le « Lequier logicien », tel qu’il s’exprime dans Le Dialogue du Prédestiné et du Reprouvé (p. 66). Le dernier chapitre de cet essai analyse avec précision le lien existant entre Lequier et Fichte et complète l’analyse esquissée par Jean Grenier dans sa thèse.

1966

Sartre, Jean-Paul. Préface de Stéphane Mallarmé, Poésies. Paris : Gallimard.

Dans cette introduction à l’œuvre poétique de Mallarmé, comme dans sa défense antérieure de l’existentialisme (cf. Sartre, 1944), Jean-Paul Sartre cite la formule de Lequier : « Faire et en faisant se faire ». Bien qu’il ne mentionne toujours pas Lequier, il place la citation entre guillemets, ce qui laisse à entendre qu’il l’a empruntée à un autre.

1967

Brimmer, Harvey H. « Lequier (Joseph Louis) Jules ». The Encyclopedia of Philosophy. Edited by Paul Edwards. Volume 4. New York : Macmillan (p. 438-439).

Cet article est un résumé des principaux aspects de la pensée de Lequier.

1968

Bréhier, Émile. Histoire de la Philosophie, Tome II. La Philosophie Moderne, 4. Le XIXe siècle après 1850-Le XXe siècle. Cinquième édition revue et bibliographie mise à jour par Lucien Jerphagnon et Pierre-Maxime Schuhl. Paris : Presses Universitaires de France (originellement publié en 1932) (p. 839-842). Traduit en anglais dans Contemporary Philosophy Since 1850, History of Philosophy, Volume VII. Traduction par Wade Baskin. University of Chicago Press, 1969 (p. 59-62).

Émile Bréhier est l’un des rares historiens de la philosophie à mentionner des travaux de Lequier. Il conclut son bref résumé par ces mots : « La liberté, chez Lequier… Nous laisse dans une profonde ignorance de nous-mêmes et de notre destin » (p. 842).

Hengelbrook, Jörgen. « Cogito, Ergo Sum Liber : un essai sur Jules Lequier ». Archives de Philosophie, tome 31, juillet-septembre 1968 (p. 434-455).

Hengelbrook critique la façon dont les précédents chercheurs ont abordé l’œuvre de Lequier – l’examen, par Grenier, des sources philosophiques, les comparaisons de Wahl avec l’existentialisme, l’approche biographique de Tilliette – et plaide pour une compréhension plus systématique des fragments laissés par Lequier. La « grande idée » de Lequier, selon Hengelbrook, est que la certitude est la conséquence d’un acte volontaire permettant l’affirmation de la liberté.

Lequier, Jules. Opere. Par Augusto Del Noce. Zanichelli editore. Collana di filosofi moderni. Bologna (425 p.). Réédition en 2008.

Sous le titre  « Œuvre », cette traduction italienne des fragments de Lequier par Augusto Del Noce correspond à l’édition originale de La recherche d’une première vérité (1865), avec le Dialogue d’Eugène et de Théophile et La dernière page [11]. Elle comprend une longue introduction par Del Noce, intitulée « Lequier et le moment tragique de la philosophie française » (p. 3-123), suivie de la préface de Charles Renouvier (1865). L’introduction de Del Noce aborde l’œuvre de Lequier dans le champ de l’histoire de la philosophie et situe sa pensée au carrefour de divers courants et influences (le cartésianisme, le pélagianisme, la philosophie catholique, la philosophie de l’existence, le personnalisme).

Lequier, Jules. « La dernière page ». Préface de Jean Grenier. G. Puel. [tirage à 100 ex.]

Ce livret met l’accent sur l’aspect esthétique et la dimension sentimentale de ce poème en prose de Lequier appelé aussi « Je vois un pays aride ». Ce texte, réédité sous la forme de livret en 1969 par Guy Lévis Mano et en 2009 par l’éditeur Jacques Brémond, se trouve aussi dans les éditions de 1952, 1985 et 1993. 

Roggerone, Guiseppe Agostino. La via nuova di Lequier. Milan : Marzorati (224 p.)

Sipfle, David A. « A wager on freedom ». International Philosophical Quarterly, 8, juin 1968 (p. 200-211).

Selon Sipfle, en l’absence de preuves convaincantes affirmant que la liberté existe ou non, il semble raisonnable d’affirmer la liberté. L’auteur de cet article explique que son argument échappe aux critiques adressées à l’argument de Pascal. Sipfle trouve l’exemple le plus puissant pour illustrer son argument chez Lequier.

Tilliette, Xavier. « Lequier et le libre arbitre ». Archives de Philosophie, tome 31, Juillet-Septembre 1968 (p. 456-458).

Il s’agit d’une petite note critique de X. Tilliette au sujet de l’article de J. Hengelbrook (voir ci-dessus).

1969

Grenier, Jean. Entretiens avec Louis Foucher. Paris : Gallimard.

Jean Grenier évoque assez longuement Lequier dans ces entretiens avec Louis Foucher, au sein d’un chapitre intitulé « La philosophie de la liberté » (p. 45-51). Il est tour à tour question de sa destinée, de sa pensée et de l’expression qu’elle revêt dans ses fragments. Selon Grenier, qui a été un grand spécialiste et un grand passionné de Lequier, « le lecteur le plus blasé ne peut manquer d’être surpris par le ton bouleversant avec lequel Lequier traite des grands problèmes philosophiques : voilà quelqu’un qui ne jongle pas avec les idées ; il ne les prend pas seulement au sérieux, mais au tragique » (p. 48).

Lequier, Jules. « Je vois un pays aride ». Paris : Guy Lévis Mano. [tirage à 795 ex.]

Petterlini, Arnaldo. Jules Lequier e il problema della libertà. Milan : Società ed. Vita e pensiero.

« L’homme est-il libre, ou ses pensées ou ses actions appartiennent-elles, elles aussi, à un ordre universel qui suit un destin impénétrable ? Pour Lequier, cette question est destinée à rester sans réponse. Toutefois il pose la foi en la liberté de l’homme comme fondement de tout le savoir. À l’intérieur du mode de penser de la métaphysique (soit à l’intérieur de l’horizon qui domine l’histoire de l’Occident), l’enquête de Lequier  sur le caractère problématique de l’affirmation de la liberté atteint une rigueur essentielle. La voie est ouverte par Kant, mais Lequier a le mérite de l’avoir parcourue dans la direction d’une pure phénoménologie. Ce parcours et le contexte dans lequel il se déploie sont analysés dans l’essai d’Arnaldo Petterlini à travers une réflexion critique constamment lucide, pénétrante et serrée. » Présentation d’Emanuelle Severino (en ouverture de l’ouvrage).

1973

Guilloux, Louis. La Bretagne que j’aime. Editions SUN. Réédition par les Éditions Folle Avoine, sous le titre Ma Bretagne, 1998.

Dans ce petit livre, Louis Guilloux compare les caractères de trois « asociaux » bretons : Tristan Corbière, Villiers de L’Isle-Adam et Jules Lequier. Son livre en hommage à la Bretagne se termine sur une évocation nostalgique de la promenade qu’il fit avec Jean Grenier dans les premiers temps de leur amitié sur les pas de Lequier, suivie d’un résumé de la vie du philosophe.

1974

Brimmer, Harvey H. « Jules Lequier’s The Hornbeam Leaf »,Philosophy in Context, 3 (p. 94-100).

Brimmer a réalisé cette traduction avec Jacqueline Delobel. Il y annonce une traduction des Œuvres complètes de Lequier qui n’a pas vu le jour.

1975

Brimmer, Harvey H. Jules Lequier and Process Philosophy (Doctoral Dissertation, Emory University), Dissertation Abstracts International, 36, 2892A.

D’après Brimmer, Lequier est un précurseur de la « théologie du processus » telle qu’on la trouve exprimée dans les œuvres d’A.N. Whitehead et Charles Hartshorne. L’annexe de cette thèse de doctorat réalisée sous la direction d’Hartshorne contient la traduction du Problème de la science par Brimmer et Delobel, incluant La feuille de charmille (p. 291-354) et Probus ou le principe de la science, autre titre du Dialogue du Prédestiné et du Reprouvé (p. 362-467).

Friedler, J. « Jules Lequier ou la question du savoir divin ». Annales de l’Institut de Philosophie. Bruxelles.

Turpin, Jean-Marie. « L’homme intérieur : à partir de la problématique kantienne » (article en deux parties). Archives de Philosophie, tome 38, Cahier 3, juillet-septembre 1975 (p. 415-430) et tome 38, Cahier 4, octobre-décembre 1975 (p. 629-645).

« L’homme intérieur est le symbole du philosophe. Pour Kant l’idée du Moi était un authentique problème spéculatif. L’idée kantienne du Moi n’est ni un résidu de réalisme métaphysique (Nabert), ni la révélation d’un Moi couple de l’univers (Lachièze-Rey), ni une intuition intellectuelle (Fichte). Elle est une fiction, mais une fiction nécessaire, dont la description phénoménologique et la déduction transcendantale incombent à la philosophie actuelle ; Lequier a aperçu les moyens de réaliser ce programme » (résumé de l’article). Ce long article de J.M. Turpin est dédié à la mémoire de Lequier.

1976

Turlot, Fernand. Idéalisme, Dialectique et Personnalisme. Essai sur la philosophie d’Hamelin. Librairie philosophique J. Vrin.

Cet essai sur la philosophie d’Octave Hamelin comporte un chapitre sur le rôle fondamental de la liberté chez ce philosophe inspiré par Renouvier, dans lequel il est souvent fait mention de Lequier (p. 83-91). Selon Turlot, Hamelin a été influencé par la conception lequiérienne de la liberté, tout en se maintenant à l’écart de sa dimension vertigineuse : « la manière rationnelle dont Hamelin comprend les rapports de la liberté à la nécessité lui permet de couronner une vision dans son fond tragique par une philosophie de l’espoir, c’est-à-dire du progrès possible de la responsabilité elle-même » (p. 85) (voir aussi Hamelin, 1927).

1977

Turpin, Jean-Marie.  « Jules Lequier : la trame et la plume, essai sur l’écriture du Problème de la Science ». Archives de Philosophie, tome 40, octobre-décembre 1977 (p. 623-656).

Cet article est une étude philosophique de l’écriture singulière du Le Problème de la science. Lequier a découvert que « l’acte d’écrire est la condition transcendantale du sujet philosophique » (p. 655).  Cette assertion semble rendre l’acte d’écriture impossible car elle présuppose le sujet qu’elle constitue. L’écriture de Lequier, dans son caractère étrange et insolite, mime cette impossibilité « à produire devant soi son propre caractère de fiction » (p. 627). Turpin recense également dans cet article des fragments de Lequier qui ne se trouvent pas dans les Œuvres complètes par Grenier (p. 625).

1978

Turpin, Jean-Marie. Sol ou Jules Lequier. Paris : Éditions Libres-Hallier.

Jean-Marie Turpin, dans un style proche du nouveau roman, a tiré parti de ses recherches méticuleuses sur la vie et la mort de Lequier pour écrire ce récit singulier, mêlant des éléments biographiques à des divagations existentielles. Le héros s’identifie à Lequier jusqu’à en devenir son frère, comme les jumeaux Abel et Abel. Il s’identifie par ailleurs à un scribe de l’Égypte ancienne dénommé Sol.

1979

Bergane, Torbjohn. Etre moi, essai sur le problème de la liberté chez Jules Lequier, Oslo.

1981

Dobrenn, Marguerite, éditeur. Correspondance : Albert Camus-Jean Grenier 1932-1960. Paris : Gallimard.

Ces lettres, écrites au moment où Grenier réalisait ses principaux travaux de recherche et d’édition sur Lequier, font étonnamment peu mention du philosophe breton (cf. p. 26, 61, 64, 114, 168, 170), mis à part quelques considérations de Camus se penchant sur les lettres envoyées par Lequier à son amour d’enfance Anne Deszille : « On retire de ces lettres l’impression que les destinées exceptionnelles ont toujours leur aspect dérisoire » (p. 66).

1982

Dohollau, Heather. La réponse. Dessins de Tanguy Dohollau. Éditions Folle Avoine. Réédition en 2011.

La poétesse Heather Dohollau, qui habite dans les environs de Plérin, s’inspire des derniers jours de la vie de Lequier pour réaliser un récit poétique. Du titre La réponse peuvent se déduire trois questions : Comment Claire (alias Anne Deszille) répondra à la proposition de Lequier ? Comment Dieu répondra à son acte désespéré d’immersion dans la mer ? Comment les amis de Lequier répondront à sa mort ? [Voir aussi la rubrique « Actualités de Jules Lequier » du présent Cahier Jules Lequier].

1983

Garfitt, J.S.T. The Work and Thought of Jean Grenier (1898-1971). Texts and Dissertations, volume 20. London : Modern Humanities Research Association.

Ce livre contient de nombreuses références aux idées de Lequier éclairant les travaux de Grenier. Le premier chapitre, « Initiation philosophique : Renouvier et Lequier » explique comment Grenier est venu à étudier Lequier. Élevé à Saint-Brieuc, Grenier connaissait la tombe de Lequier à Plérin. Mais c’est via son Diplôme d’études supérieures sur le problème du mal chez Renouvier qu’il prit connaissance des écrits de Lequier. Enfin, il bénéficia de l’édition de La recherche d’une première vérité publiée en 1924, chez Armand Colin, par Dugas.

1984

Hartshorne, Charles. Creativity in American Philosophy. Albany : State University of New York Press.

Dans une longue note de son chapitre consacré à William James (p. 60), Hartshorne analyse les motifs de la méconnaissance relative des écrits de Lequier. Par ailleurs, Hartshorne décrit le double dilemme  de la liberté et de la nécessité de Lequier, l’inutilité pragmatique de soutenir que l’idée de vérité est éternelle, et le fait qu’une conception d’un Dieu « omniscient » est compatible avec l’idée d’un Dieu acquérant des « vérités en devenir » (pour en savoir plus sur le rapport entre Hartshorne et Lequier, voir Viney, 2001).

1985

Lequier, Jules. Comment trouver, comment chercher une première vérité ? Suivi de « Le murmure de Lequier (vie imaginaire) » par Michel Valensi. Préface de Claude Morali. Paris : Éditions de l’Éclat.

Cette édition reprend la première partie de La recherche d’une vérité première et « La Dernière page » de Lequier (cf. Lequier 1968 et 1969). Il s’agit du premier ouvrage publié par Michel Valensi via les Éditions de l’Éclat dont il est le directeur.

Pyguillem, Gérard. « Renouvier et sa publication des fragments posthumes de J. Lequier ». Archives de Philosophie, tome 48 (p. 653-668).

Cet article expose en détail la polémique qui eut lieu entre Renouvier et les amis de Lequier, Paul Michelot et Charles Deville, au sujet de la première publication des fragments de Lequier par Renouvier en 1865.

1986

Tiberghien, Gilles A. « Un philosophe en liberté ». L’Autre journal.

Cet article est paru suite à la publication de Comment trouver, comment chercher une première vérité ? aux Éditions de l’Éclat, en 1985. Tiberghien y souligne tout d’abord le fait notable que les noms de Cousin et de Comte ont éclipsé ceux d’autres philosophes importants du 19ème siècle, dont celui de Lequier. Il explique ensuite l’entreprise du philosophe dans ce texte inspiré par la démarche réflexive de Descartes. Lequier, loin de s’arrêter au cogito, dépasse Descartes dans sa recherche des évidences. Car c’est dans la recherche elle-même d’un premier principe que se trouve le premier principe. Une recherche pouvant conduire dans les pires impasses et folies : « Lequier a l’imagination d’un ivrogne à la fois active et indifférente à se porter dans tous les sens, une sorte de folie de la volonté ». C’est à l’expérience radicale de la liberté exercée par un aventurier de l’esprit que Tiberghien rend ici hommage.

1987

Poulet, Georges. La pensée indéterminée, II. Du Romantisme au XXe siècle. Paris : PUF.

Selon Poulet, Lequier participe au courant de la pensée indéterminée, dont il examine dans ce volume l’évolution du Romantisme au XXe siècle, après avoir étudié ce courant de la Renaissance au Romantisme (Volume I). Ce livre « tend à dégager chez les auteurs étudiés, quelle que soit la variété de leurs expériences, un caractère commun qui consiste à saisir leur être profond en deçà de toutes les déterminations particulières qui sont les leurs, dans le fond, souvent très simple mais obscur, de leur nature profonde » (quatrième de couverture).

Viney, Donald W. « Faith as a Creative Act : Kierkegaard and Lequier on the Relation of Faith and Reason ».Faith & Creativity : Essays in Honor of Eugene H. Peters. Edited by George Nordgulen and George W. Shields. St. Louis, Missouri : CBP Press (p. 165-177).

Lequier est parfois appelé le « Kierkegaard français » en raison des similitudes constatables entre la vie et la pensée des deux philosophes, bien qu’ils n’aient jamais rien su l’un de l’autre. Tous deux s’accordent sur le fait que l’acte de foi doit être intériorisé sur un mode passionnel. Pour Kierkegaard, la foi exige un risque fondée sur une objectivité incertaine, car plus il y a d’incertitude, plus il y a de risque et plus il y a de passion. Pour Lequier, la foi est un acte créatif dont on ne peut ni contrôler ni prévoir les conséquences. L’acte est en partie créateur de soi et des autres et pour cette raison, « vouloir, c’est vouloir toujours avec audace, avec ardeur » (p. 175). Contrairement à Kierkegaard, Lequier assure que l’avenir est ouvert, y compris pour Dieu. Bien que cette croyance – fondée sur l’hypothèse d’une liberté créatrice – soit certaine,  elle ne diminue pas la foi passionnée, au contraire, elle l’augmente.

1989

Onfray, Michel. Georges Palante : essai sur un nietzschéen de gauche. Bédée : Folle Avoine. Réédition sous le titre Physiologie de Georges Palante, chez Grasset en 2002 et en « Livre de poche » en 2005.

Dans ce livre consacré à la pensée de Georges Palante, Michel Onfray voit dans le suicide de Palante et dans le suicide présumé de Lequier, en baie de Saint-Brieuc, une « communauté de destin ». Il évoque plus longuement la vie et l’œuvre de Lequier dans L’Art de Jouir (voir 1991).

Viney, Donald W. Questions of Value : Readings for Basic Philosophy. Needham Heights, Massachusetts : Ginn Press (p. 163-180).

Contient des extraits de traduction du Dialogue du Prédestiné et du Réprouvé par Viney.

1991

Houillon, Paul. « Le plus grand philosophe français du XIXe siècle, est-il breton… et quintinais ? » Le Quintinais, Numéro Spécial, noël 1991 (p. 10-11).

Dans cet article publié dans le journal de la commune de Quintin, en Bretagne, Paul Houillon se demande si l’on peut raisonnablement estimer que Lequier, originaire de Quintin, a été le plus grand des philosophes français du XIXe siècle… Cet article comprend un portrait de Lequier réalisé par André Bluteau à partir de la statue du philosophe au cimetière de Plérin.

Lequier, Jules. Abel et Abel, suivi de la « Notice Biographique de Lequier » par Prosper Hémon. Paris : Éditions de l’Éclat.

Cette publication de la Notice biographique de Prosper Hémon par Gérard Pyguillem aux éditions de l’Éclat revêt une grande importance pour les spécialistes de Lequier (MS 304 du Fonds Jules Lequier). Bien qu’il soit inachevé, ce texte écrit à la fin du 19ème siècle est un exposé des précieux renseignements collectés par Hémon dans des fonds d’archives et auprès d’informateurs ayant connu Lequier, ordonnancé avec soin dans une perspective biographique. Dans son avertissement, Pyguillem se demande, avec raison, pourquoi Dugas, Grenier et Tilliette ne se sont pas préoccupés de faire connaître au public cette notice dont ils signalent pourtant l’existence par quelques allusions dans leurs écrits. Pyguillem y voit un souci de ne pas desservir la pensée de Lequier en présentant des éléments de sa vie… Ce n’est certainement pas le cas de Grenier, qui souligne dès son article de 1925 la nécessité de ne pas dissocier la vie et l’œuvre de Lequier. Dugas (1924) et Le Brech (2007) sont fortement redevables de cette notice biographique qui a servi de modèle pour Viney et West (1999).

Onfray, Michel. L’art de jouir. Pour un matérialisme hédoniste. Paris : Grasset. Réédition « Le livre de poche » en 1994.

Dans cet ouvrage, Michel Onfray emprunte la notion « d’hapax existentiel » à Vladimir Jankélévitch pour l’appliquer à sa philosophie hédoniste. Un hapax existentiel  est un événement qui survient une seule fois ou en de rares occasions dans une vie, d’une manière déterminante pour le reste de l’existence. Onfray analyse la mésaventure de l’enfant de La feuille de charmille comme un exemple topique d’hapax existentiel. Il expose ensuite les traits de la personnalité de Lequier, « Tour à tour misanthrope, exalté, lyrique, abattu, agressif, belliqueux, somme toute, sympathique » (éd. « Le livre de poche » p. 74), les passages connus de son existence, et sa mort, qui « achèvera sa pensée et ses tentatives philosophiques, puisqu’elle est placé, comme toute son existence, sous le signe de la volonté d’élucider le problème de la liberté » (p. 75).

1992

Vinson, Alain. « L’idée d’éternité chez Jules Lequier ». Les Études Philosophique, numéro 2, avril-juin 1992 (p. 179-193).

Cette étude d’Alain Vinson s’intéresse aux préoccupations de Lequier concernant le temps et l’éternité. Contre le thomisme, Lequier a affirmé que la relation des créatures à Dieu est aussi réelle que la relation de Dieu aux créatures. Selon Vinson, l’originalité de Lequier réside dans son idée que les créatures sont réellement présentes à Dieu (en accord avec Saint-Thomas mais en désaccord avec Duns Scot) dans une éternité qualifiée par sa durée (en accord avec Duns Scot mais en désaccord avec Saint-Thomas). Pour Lequier, l’éternité divine perdure mais sans la succession caractéristique du changement temporel. Vinson soutient, contrairement à Lequier, qu’une durée sans succession est aussi impossible que la vie éternelle sans durée. Vinson suppose que la mort de Lequier est liée à son incapacité à résoudre cette énigme.

1993

Lequier, Jules. La recherche d’une première vérité et autres textes, édition établie et présentée par André Clair. Paris : Presses Universitaires de France.

Ce livre est la réédition de l’édition de Renouvier avec trois textes complémentaires : le « Dialogue d’Eugène et de Théophile » (en provenance du MS 268 du Fonds Jules Lequier, publié dans les Œuvres complètes, p. 402-405), le « Discours sur les personnes divines » (MS 267) et « La dernière page ». Cette édition est précédée par une longue introduction d’André Clair, reprise et complétée dans Kierkegaard et Lequier, lectures croisées (2008). Recension par Donald Wayne Viney dansProcess Studies 23/4, hiver 1994 (p. 290-291).

Logue, William. Charles Renouvier, philosopher of liberty, Louisiana State University Press.

On ne trouve étrangement que deux occurrences de Lequier dans l’index bibliographique de cet ouvrage pourtant consacré à la liberté dans la philosophie de Renouvier (p. 31 et 86).

Shields, George W. « Some recent philosophers and the problem of future contingents ».  The Midwest Quarterly, XXXIV, 3 (p. 294-309).

Cet article est une des plus récentes études en anglais sur le problème de la liberté humaine et de l’omniscience divine à rendre hommage à Lequier.

1995

Viney, Donald W. « On the trail of a French philosopher of genius : Jules Lequyer ». Pittsburg State University Magazine, 6, 1, hiver (p. 12-14).

Cet article est un bref compte-rendu d’un voyage de Donald Wayne Viney en France, réalisé dans le cadre de congés sabbatiques, en 1995. Il est illustré par des photographies de la tombe de Lequier, de sa maison, et d’un dessin de Michelle Bakay inspiré par la statue de Lequier. Il s’y trouve un extrait d’un article paru dans le quotidien Ouest France au sujet de cette visite.

1997

Clair, André. « Lequier et les documents de la bibliothèque de Renvouvier ». Archives de Philosophie, tome 60/1.

Dans cet article, André Clair fait état des documents donnés par Gérard Pyguillem à la Bibliothèque Interuniversitaire de Rennes 1 afin de compléter le Fonds Jules Lequier. Gérard Pyguillem a sauvé ces documents relatifs à Lequier lors de la vente aux enchères publiques de la bibliothèque de Renouvier, en 1979 (voir Pyguillem, 1985).

Tilliette, Xavier. « Lequier Lecture de Fichte ». Fichte et la France : 183-199. Sous la direction d’Yves Radrizzani, Tome I, Fichte et la philosophie française : nouvelles approches. Paris : Beauchesne.

Comme le souligne Tilliette, la lecture de Fichte par Lequier se limite à La destination de l’Homme. Lequier a retrouvé dans le premier chapitre de ce livre la formulation de sa propre épouvante devant la nécessité. La grande différence entre les deux philosophes réside cependant dans le mythe qui soutient leur quête : le logos pour Fichte, la souffrance et la crucifixion du Christ chez Lequier.

Viney, Donald W. « William James on Free Will : The French Connection ».History of Philosophy Quarterly, 14/1, octobre, (p. 29-52). Aussi publié sous le titre « William James on Free Will : The French Connection with Charles Renouvier » dans The Reception of Pragmatism in France & the Rise of Roman Catholic Modernism, 1890-1914, édité par David G. Schultenover, S. J. (Washington, D. C. : The Catholic University of America Press, 2009 (p. 93-121).

Les historiens de la philosophie ont trop facilement accepté l’opinion de Ralph Barton Perry selon laquelle l’influence de Lequier sur James n’a été qu’indirecte. Perry ne tient pas compte du fait que James a lu les extraits des fragments de Lequier dans le Deuxième Essai de Renouvier avant de lire son édition de La recherche d’une première vérité. S’il est vrai que James ne mentionne jamais explicitement Lequier dans ses publications, il le cite tout de même à trois reprises, dont une fois sans s’en rendre compte. La fameuse déclaration de James « mon premier acte de libre arbitre sera de croire au libre arbitre » témoigne de l’influence de Lequier. James a continué à utiliser et à développer les idées sur le libre arbitre qu’il a apprises par Renouvier, se servant de Lequier comme d’une sorte de palimpseste.

Viney, Donald W. « Jules Lequyer and the Openness of God ».Faith and Philosophy, 14/2, avril 1997 (p. 1-24).

Les principaux thèmes du Dialogue du Prédestiné et du Réprouvé sont résumés dans cet article et amplifiés, afin de montrer leur pertinence dans les débats actuels sur « l’ouverture de Dieu » (openness of God). Le dialogue est un chef d’œuvre littéraire et philosophique dans lequel les principales thèses de « l’ouverture de Dieu » sont développées : Dieu crée les autres créatures moins créateurs que lui, mais dont les décisions influent tout de même sur lui. Bien que Charles Hartshorne considérait Lequier comme un précurseur des philosophes et théologiens du processus, Lequier est peut-être plus proche de l’esprit des penseurs évangéliques du fait de son adhérence à l’orthodoxie catholique.

1998

Armellini, Paolo. Lequier, La solitudine di Dio. Rome : Ed. studium (197 p.).

«La pensée de Lequier, qui approfondit la recherche cartésienne d’une première vérité, est une des plus radicales contestations du cogito, compris comme absence de doute originelle permettant l’accès à la métaphysique de la modernité centrée sur le sujet. Obsédé par l’idée de nécessité, par le scepticisme immoral, par la justification des systèmes philosophiques qui ont horreur de la liberté, Lequier a lutté, avec toute son énergie intellectuelle et morale, contre  l’hydre de la nécessité, que l’on retrouve aussi dans la théologie de la prédestination, pour revendiquer l’importance ambiguë des futurs contingents dans la vie humaine. Si le cogito présuppose la bonne Foi et la certitude, alors la liberté doit être comprise comme ce fondement pratique inéliminable, non déterminable rationellement, et pourtant indispensable à la possibilité du discours scientifique et à la responsabilité morale. Il a été fidèle à cette idée jusqu’à la fin tragique et mystérieuse de son existence, entièrement consacrée à réaffirmer cette vérité que, selon lui, seuls Aristote et l’Église catholique ont revendiqué et diffusé. C’est pourquoi la leçon du grand philosophe inconnu breton doit être repensée malgré les solutions paradoxales que sa revendication solitaire de l’indépendance humaine a laissé à la pensée philosophique et théologique. » (quatrième de couverture)

Deslandes, Ghislain (1998-1999). Kierkegaard, Pascal, Lequier : Convergences de trois chrétiens philosophes. Thèse de Doctorat : Université de Paris I-Panthéon-Sorbonne. [non publié]

Voir Deslandes, 2002.

Kane, Robert. Foreword to Translation of Works of Jules Lequyer. Editeur : Donald W. Viney. Lewiston, New-York : Edwin Mellen Press (p. 11-14).

Selon Kane, l’œuvre de Lequier peut être conçue comme l’ancêtre des pensées de Camus et de Sartre. Lequier et Kierkegaard « représentent une option pour ceux qui rejettent la théologie classique sans pour autant rejeter leur croyance religieuse ». Lequier est par ailleurs un précurseur de ce que l’on nomme la théologie de « l’ouverture de Dieu » (theology of the « openness of God »). Il est par ailleurs l’auteur d’une conception du libre arbitre comme autocréation de soi qui a des adeptes à notre époque. Kane voit de ce fait en Lequier un précurseur de la conception du libre arbitre telle qu’il la défend dans La signification du libre arbitre (The Significance of Free Will, 1996).

Lefranc, Jean. La philosophie en France au XIXe siècle. Paris : Presses universitaires de France, collection « Que sais-je ? » (p. 93-94).

Dans ce « Que sais-je ? » sur la philosophie française du XIXe siècle, Lefranc tente de résumer la pensée de Lequier en peu de mots, entre des notices sur le philosophe suisse Charles Secrétan et Charles Renouvier.

Viney, Donald W. Questions of Value : Beginning Readings for Philosophy. Dubuque, Iowa : Kendall/Hunt Publishers (p. 181-188).

Contient la traduction de La feuille de charmille par Viney.

Viney, Donald W. Translation of Works of Jules Lequyer : The Hornbeam Leaf (La feuille de charmille), The Dialogue of the Predestinate and the Reprobate (Le Dialogue du predestine et du réprouvé), Eugene and Theophilus (Eugène et Théophile). Foreword by Robert Kane. Lewiston, New York : The Edwin Mellen Press.

Ce livre est la première édition en langue anglaise des œuvres de Lequier disponible en grande diffusion via l’éditeur Edwin Mellen Press. Le traducteur propose en outre une introduction à la vie et à l’œuvre de Lequier et une analyse des trois textes traduits. L’introduction est une réimpression d’une partie de « Jules Lequyer and the Openness of God » (Viney, 1997). Recension par Anita Chancey dansThe Midwest Quarterly, 40 / 4, été 1999 (p. 515-517).

1999

Fédi, Laurent. Le problème de la connaissance dans la philosophie de Charles Renouvier. Paris : L’Harmattan.

Le nom de Lequier apparaît à quatre occurrences dans l’index nominum de cette étude de Laurent Fédi, spécialiste de la philosophie de Renouvier. Dans le chapitre abordant le problème de la limite de la connaissance et les antinomies kantiennes, il est fait mention du double dilemme de Lequier (rendu célèbre par Renouvier) dans un chapitre consacré aux preuves en faveur de la liberté (p. 307-308). Il est par ailleurs question de Lequier dans un chapitre consacré au problème du mal dans la dernière période de la pensée de Renouvier (le personnalisme) : « La méditation sur les arguments de Lequier a dû amener Renouvier à craindre, avec l’hypothèse d’une pluralité originaire des consciences, une sorte de règne primitif de démons qui obscurcirait toute réflexion sur la racine du mal » (p. 320) (voir Prat, 1910).

Houillon, Paul. « Jules Lequyer, un Quintinais trop méconnu ». Société d’Émulation des Côtes-d’Armor. Tome CXXVIII, Saint-Brieuc (p. 3-45).

Cet article, très instructif, sur la vie et la pensée de Lequier, comprend une étude des travaux de Grenier, Callot et Tilliette ainsi qu’une réflexion sur la contemporanéité de Lequier.

Kane, Robert. « Lequier, Jules ». Cambridge Dictionary of Philosophy, second edition. Edited by Robert Audi. London : Cambridge University Press (p. 495).

Ce texte explique brièvement comment James a pris connaissance de Lequier via Renouvier. D’après Kane, Lequier « anticipe de façon significative certaines vues de James, Bergson, Alexander et Pierce, ainsi que la « process philosophy » de Whitehead et Hartshorne ».

Le Brech, Goulven . Jules Lequier et l’énigme de FAIRE. Mémoire de Maîtrise de philosophie sous la direction d’André Clair (1998-1999). Université de Rennes 1. [non publié]

 L’annexe de ce mémoire contient l’analyse du don d’archives fait par Gérard Pyguillem au Fonds Jules Lequier des documents du philosophe ou le concernant, récupérés par Pyguillem lors de la mise en vente de la bibliothèque de Renouvier (voir André Clair, 1997).

Viney, Donald W. and West, Mark. Jules Lequyer’s Abel and Abel, followed by «Incidents in the Life and Death of Jules Lequyer » Translation by Mark West ; Biography by Donald Wayne Viney. Foreword by William L. Reese. Lewiston, New York : The Edwin Mellen Press.

Ce livre, inspiré par l’édition de G. Pyguillem d’Abel et Abel, suivi de la notice biographique de Jules Lequier par Prosper Hémon (1991), contient la première traduction en anglais du récit Abel et Abel. L’essai de Viney « Incidents in the Life and Death of Jules Lequyer » s’intéresse aux travaux de Hémon, Renouvier, Dugas, Grenier, Huerre, Brimmer, Pyguillem, Houillon, Clair, et à la relation tumultueuse de Lequier avec son ami Mathurin Le Gal La Salle. Cette biographie retrace également l’héritage légué par Lequier à la philosophie, de Renouvier à James et Hartshorne, et à la littérature, tel que cela se manifeste dans les œuvres de Jean-Marie Turpin et de Heather Dohollau. Recension par Carol Walker MacKay dansThe Midwest Quarterly 42 / 2, hiver 2001 (p. 228-229).

Viney, Donald W. « The Nightmare of Necessity : Jules Lequyer’s Dialogue of the Predestinate and the Reprobate ».Journal of the Association of the Interdisciplinary Study of the Arts 5/1, automne 1999 (p. 17-30).

Dans le Dialogue du Prédestiné et du Réprouvé, Lequier conclut que les deux doctrines enseignées par l’Église sur la prescience absolue de Dieu et sur son contrôle providentiel des évènements humains expriment d’une façon cauchemardesque le déterminisme théologique. Dans le dialogue, seule le réprouvé trouve ces doctrines horrifiantes ; le prédestiné, comme Jonathan Edwards lui-même, se complaît dans la pensée d’un Dieu prescient. Les critiques adressées par le réprouvé envers les arguments du prédestiné représente le point de désaccord de Lequier avec les théologiens. Edwards lui-même considérait la doctrine du déterminisme divin comme « une horrible doctrine » avant d’être convaincu par ses aspects raisonnables ; Lequier était au contraire convaincu de son caractère déraisonnable et la trouvait cauchemardesque.

2000

Clair, André. Métaphysique et existence : essai sur la philosophie de Jules Lequier. Bibliothèque d’histoire de la philosophie, Nouvelle série. Paris : Librairie J. Vrin.

Cet essai d’André Clair est une contribution majeure à l’étude de la philosophie de Lequier, dans la continuité des travaux de Renouvier, Grenier, Wahl et Tilliette. Clair accorde plus d’importance à Abel et Abel que les spécialistes précédents. Selon lui, Le Dialogue du Prédestiné et du Réprouvé, dans un style réflexif et dialectique, soulève des questions sur le libre arbitre et la souveraineté divine mais se termine par une impasse théorique (une aporie). L’histoire des frères jumeaux Abel et Abel, écrit dans un style existentiel et théologique, résout l’impasse du dialogue par l’idée de l’amour en tant qu’union. La liberté absolue d’aséité, conçue comme le pouvoir de choisir arbitrairement qui figure dans le dialogue, est entendue dans l’histoire des jumeaux Abel comme une liberté de responsabilité qui ne s’exerce que par rapport à l’autre. Clair explique que le dialogue et l’histoire des jumeaux « forment un diptyque » où le premier échoue et le suivant réussit dans la résolution du conflit entre la liberté et la nécessité (p. 41). Recension par Vincent Delecroix dans laRevue de métaphysique et de morale, 2001, 1, n. 29 (p. 120-122).

Pagani, Paolo. Libertà e non-contraddizione in Jules Lequier. Milan : Franco Angeli (361 p.)

« L’œuvre du philosophe breton Jules Lequier (1814-1862) connaît un regain d’intérêt critique. Souvent, pourtant, un tel intérêt finit par se concentrer sur des motifs plus historiographiques que théorétiques. On essaie ainsi de documenter les affinités explicites de Lequier avec Fichte, ou celles, mystérieuses et impressionnantes, avec Kierkegaard ; ou encore de présenter Lequier comme le précurseur de tel ou tel philosophe : qu’il s’agisse de Brentano ou de James, de Bergson ou de Sartre. Avec ce volume, nous explorons une autre voie : celle de penser « ensemble » avec Lequier, pour développer, y compris au-delà du texte lui-même de l’auteur, quelques-uns des innombrables thèmes de réflexion théorétique que ses notes – véritable chantier ouvert et d’une extraordinaire vivacité – offrent au lecteur. Le travail se concentre sur le thème central de la méditation lequiérienne, c’est-à-dire la justification rationnelle de la liberté de choix de l’homme. »(début de quatrième de couverture)

Viney, Donald W. « The Principle Points of Jules Lequyer ». Logos-Sophia, 10, été 2000 (p. 9-40).

Voir Viney, « Éléments sur la vie et la pensée philosophique de Jules Lequyer », 2010.

2001

Josse, Jacques. Jules Lequier et la Bretagne. Möelan-sur-Mer : Éditions Blanc Silex,  Collection « Bretagne, terre écrite ». Texte réimprimé dans Les lisières (Apogée, 2008), sous le titre « Un philosophe au casino des trépassés ».

Ce livre est une méditation sur la relation de Lequier à sa Bretagne natale. Selon Josse, Lequier « portait en lui une philosophie plombée par une épouvantable noirceur chrétienne et la Bretagne n’y était sans doute pas étrangère » (p. 17). Cf. entretien dans le présent Cahier Jules Lequier.

Pyguillem, Gérard. Opera ultima, « Logique et liberté dans les philosophies de J. Lequier et de C. Renouvier ». s.l.n.d [Montpellier, Association des amis de Jules et Charles Renouvier]

Ainsi que l’indique Michel Valensi dans son article en hommage à Gérard Pyguillem (voir Cahier Jules Lequier, 2010), « ce texte passionnant est ce qu’il reste d’un travail de longue haleine que Pyguillem avait entrepris à la fin de sa vie sur les deux philosophes et dans lequel il comptait insister sur l’importance du raisonnement logique dans les argumentations respectives des deux auteurs. » Cette étude inachevée contient des analyses très éclairantes sur la philosophie de Lequier et sur ses rapports avec la philosophie de Renouvier.

Viney, Donald W., editeur.Charles Hartshorne’s Letters to a Young Philosopher : 1979-1995. Logos-Sophia, volume 11. Pittsburg, Kansas : Logos-Sophia Press.

Le nom de Lequier apparaît à plusieurs reprises dans les lettres d’Hartshorne à Viney. Les lettres plus particulièrement intéressantes sont celles dans lesquelles Hartshorne expose ses connaissances et son point de vue sur Lequier (lettres du 21 mai 1986,  p. 29, du 9 juillet 1988, p. 33-34, du 8 avril 1991, p. 41-42 et du 25 avril 1991, p. 43-44). En 1948, Jean Wahl a invité Hartshorne à faire deux conférences à Paris. C’est à cette occasion qu’il prit connaissance de Lequier. Harvey Brimmer, étudiant de Hartshorne à l’Université d’Emory (États-Unis), a écrit une thèse sur Lequier et a traduit certains des ses textes (voir Brimmer, 1974 et 1975). Hartshorne avait élaboré sa conception de l’asymétrie du passé et du futur, de la liberté et de la prescience divine, avant d’avoir connu Lequier. Il a dit que « si Lequier m’a largement influencé, c’est pour ce qu’il a dit à propos de Dieu "qui me créé créateur de moi-même", anticipant de ce fait la conception de Whitehead des "créatures s’auto-créant" (p. 33) (voir aussi Hartshorne, 1984).Hartshorne a évoqué Lequier dans ses seize derniers livres. La plupart du temps, il n’évoque que le nom de Lequier. Mais, dans Philosophers Speak of God (p. 227-230) et dans Creativity in American Philosophy (p. 60), il explicite les idées du philosophe breton.

2002

Deslandes, Ghislain. « L’amitié stellaire de trois chrétiens philosophes, Kierkegaard, Pascal, Lequier ». Études, juillet-août 2002 (p. 53-62).

Cet article est un résumé de la thèse soutenue par Ghislain Deslandes en vue de l’obtention du titre de Docteur en philosophie à l’Université de Paris I-Panthéon-Sorbonne en 1999 (voir Deslandes, 1998). Deslandes y retrace dans leurs grandes lignes la proximité des thèmes abordés par les trois chrétiens philosophes que furent Pascal, Kierkegaard et Lequier.

2003 

 Aarnes, Asbjorn. Jules Lequier mellom frihet og nodendighet (Jules lequier, entre liberté et nécessité). Norvège : Innbundet.

L’auteur de cet essai sur Lequier est professeur émérite d’histoire de littérature européenne à l’université d’Oslo. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages sur des écrivains français (Gérard de Nerval, Boileau) et de traductions d’œuvres de philosophes français en norvégien (Descartes, Bergson, Levinas).

Erickson, Millard J. What Does God Know and When Does He Know It ? The Current Controversy Over Divine Foreknowledge. Grand Rapids, Michigan : Zondervan.

Erickson considère Lequier comme un précurseur de « la théologie de l’ouverture de Dieu » (openness of God theology), bien qu’aucune tentative ne soit faite pour analyser les arguments Lequier et la date de la mort de Lequier est erronée (l’article mentionne l’année 1854) (p. 116-118).

Turlot, Fernand. Le personnalisme critique de Charles Renouvier, une philosophie française. Presses Universitaires de Strasbourg.

Le dernier chapitre de cet ouvrage est consacré à « J. Lequier et sa lecture de Fichte ».

2004

Cacciari, Massimo. Della cosa ultima, Milan : Adelphi.

Le philosophe Massimo Cacciari, enseignant et homme politique italien, évoque le philosophe dans son dernier livre de philosophie, De la chose ultime.

2006

Cooper, John W. Panentheism, The Other God of the Philosophers : From Plato to the Present. Grand Rapids, Michigan : Baker Academic.

Lequier est envisagé par Cooper comme un précurseur du panenthéisme[12], avec une nuance, car Lequier ne précise jamais comment les créatures sont « en » Dieu, hormis pour dire que les actes libres « font une tache dans l’absolu, qui détruit l’absolu » (p. 141-143).

2007

 Le Brech, Goulven. Jules Lequier. Rennes : La Part Commune, collection « Silhouette littéraire ».

Richement illustré par des documents du Fonds Jules Lequier, des photographies et des dessins de Tanguy Dohollau, cet essai biographique explore de diverses manières le fait que la pensée de Lequier est inséparable de sa vie. Parmi les illustrations figure le seul portrait connu de Lequier, réalisé par Mathurin Le Gal La Salle (p. 23). Le Brech montre également comment l’héritage spirituel de Lequier a été assuré par Charles Renouvier, Prosper Hémon, Baptiste Jacob, Louis Guilloux, Jean Grenier, Ludovic Dugas, André Clair, Donald Wayne Viney et d’autres. Le livre se termine par une trentaine de pages contenant des extraits d’œuvres de Lequier (dont certains inédits comme un extrait des Nouvelles Provinciales[13]), des extraits de lettres et une bibliographie. Recension par Thierry de Toffoli dans La Revue philosophique de la France et de l’étranger, janvier-mars 2009, n°1 (p. 105-106), et par François Bordes dans La Revue de synthèse, décembre 2009, tome 130, Série 6, n°4 (p. 713).

Le Brech, Goulven. « Jules Lequier, Zoom sur le livre de Goulven Le Brech ». Enretien de Stéphane Beau avec Goulven le Brech. Le Grognard, décembre 2007 (p. 3-8).

Cet entretien réalisé par Stéphane Beau, à propos de l’essai biographique de Le Brech, Jules Lequier (2007) est suivi de La feuille de charmille (p. 8-11).

Le Brech, Goulven. « Jules Lequier et la poésie ». Hopala ! La Bretagne au monde, numéro 27, novembre 2007 (p. 55-59).

Cet article analyse la conception romantique du « spectre du beau » de Lequier, à partir de fragments de jeunesse du philosophe, en partie publiés dans les Œuvres complètes sous le titre de « Science et poésie » (réédités à la suite du conte breton La fourche et la quenouille, Folle Avoine, 2010). Selon Lequier, la science et la poésie ont une origine commune dans la liberté humaine, malgré la divergence qui oppose l’esprit du scientifique à l’esprit du poète. Mu par la recherche de la vérité, dans une perspective déterministe, le scientifique recherche l’ordre et le nécessaire dans les phénomènes ; alors que mu par un idéal de beauté, le poète ou l’artiste cherche à élever le réel jusqu’à un idéal, situé dans les régions du possible. L’originalité de Lequier réside dans le fait que la science et la poésie se rejoignent dans l’idée du beau, qui est « le type de l’ordre » (Œuvres complètes, p. 473). Lui-même poète autant que scientifique, Lequier a cherché à donner à se réflexions philosophiques sur la liberté une forme esthétique de haute tenue. Nombreux sont les lecteurs du philosophe qui ont su apprécier cette recherche formelle, surtout visible dans La feuille de charmille,Abel et Abel et La dernière page. Un sonnet de Lequier, co-signé par Renouvier, illustrant la quête commune des philosophes est reproduit à la fin de l’article (sonnet reproduit aussi dans Jules Lequier, Goulven Le Brech, 2007, p. 111).

Lequier, Jules. « La feuille de charmille ». Le Grognard, Décembre 2007 (p. 8-11).

Additif à une entrevue avec Goulven Le Brech concernant sa biographie, Jules Lequier.

2008

Clair, André. Kierkegaard et Lequier, lectures croisées. Paris : Cerf.

Dans ce recueil d’essais, André Clair tire parti de ses nombreuses études sur les deux philosophes pour réaliser des lectures croisées, dans lesquelles intervient aussi la figure de Nietzsche. Dans son premier essai, intitulé « La métaphysique à l’épreuve et la recherche d’un message », tout en complétant les similitudes philosophiques et biographiques existantes entre Kierkegaard et Lequier (surnommé par Wahl le « Kierkegaard français »), Clair se propose d’expliquer le lien particulier entretenu par leurs pensées avec la métaphysique. Kierkegaard, géniteur d’une œuvre immense et protéiforme, se positionne en opposition à la métaphysique, au nom de l’existence. Lequier, qui n’a rien publié de son vivant et légué à la postérité des fragments et des textes inachevés, a au contraire mêlé métaphysique et existence au nom d’un principe commun : le libre arbitre. Le cinquième essai de ce recueil ; « Au principe de la moralité : Lequier et l’affirmation de la liberté » est une reprise de l’introduction d’André Clair à son édition de La Recherche d’une première vérité de Lequier (cf. Clair, 1993).

Le Brech, Goulven. « Jules Lequier », Anamnèse, petite anthologie des auteurs oubliés, vol. 2, Association Anamnèse.

Ce texte qui présente succinctement la vie, l’œuvre et le cheminement de la réception de la philosophie de Lequier via les travaux des spécialistes du philosophe est consultable sur Internet en tant que page Wikipedia sur Lequier (http://fr.wikipedia.org/wiki/Jules_Lequier).

Lequier, Jules. Opere. Par Augusto Del Noce. Morcelliana.Réédition (voir 1968).

2009

Birnbaum, Jean. « Le berceau de la liberté ». Le Monde Magazine, 10 septembre 2009.

Dans ce bref article, Jean Birnbaum propose une réflexion sur la certitude de la liberté en partant de l’expérience d’un enfant, occasionnée par la lecture de l’auteur deComment trouver, comment chercher une première vérité, en particulier de La feuille de charmille (édition Allia 2009).

Citot, Vincent. La Condition philosophique et le problème du commencement : parcours thématique et historique des gestes fondateurs par lesquels les philosophes ont défini la nature de la pensée et sa vocation. Argenteuil : Le Cercle Herméneutique.

La condition philosophique mentionnée dans le titre de ce livre de Vincent Citot fait référence à « la collection des conditions qui rendent possible la pensée philosophique » (p. 15-16). La première condition de la pensée philosophique est que l’individu commence à penser et Citot propose une « typologie des commencements » (p. 13).

On peut commencer en partant de la vérité comme fondation et ériger un système philosophique, qu’il soit idéaliste ou matérialiste – ce type de départ est appelé dogmatique et réaliste ; on peut partir du faux, ou du moins par douter de tout ce qui semble vrai, et rechercher le certain – ce type de départ est appelé sceptique et phénoméniste ; enfin, on peut commencer par remettre en cause le sens du monde et le rapport que nous entretenons avec lui – ce type de départ, que préconise Citot comme le mieux adapté à la philosophie dans son sens étymologique « d’amour de la sagesse», est appelé interrogatif ou réflexif. Dans ce livre, Citot s’intéresse à différents philosophes dans « un traitement parfois très rapide » (p. 14), c’est-à-dire souvent en un peu plus d’un paragraphe, pour la façon dont ils illustrent les éléments de la typologie. Selon lui, la pensée réflexive a connue ses heures de gloire en France au dix-neuvième siècle, avec pour principal représentant Jules Lequier (p. 163). Citot fait par ailleurs allusion à La feuille de charmille et remarque que « c’est dans une style époustouflant, rarement égalé, jamais dépassé, que Lequier se met à La recherche d’une première vérité » (p. 132).

Le début du livre de Citot résonne comme en écho à Lequier : « ce qui est susceptible de commencer, ce n’est pas ce dont on hérite, c’est ce que l’on crée. Le Créateur seul est un "commenceur". En créant, il crée lui-même, c’est-à-dire qu’il se recommence » (p. 1).

Lequier, Jules. « Pensées et aphorismes ». Le Grognard, n°10, Juin (p. 15).

Cette dizaine de pensées et d’aphorismes de Lequier, publiés dans Le Grognard ont été retranscrits par Goulven Le Brech, à partir du Cahier C du Fonds Jules Lequier (Manuscrit 250).

Lequier, Jules. Comment trouver, comment chercher une première vérité ? Postface de Claire Marin, « La fragilité du cogito ». Paris : Éditions Allia.

Ce livre regroupe les quatre premières parties de Comment trouver, comment chercher une première vérité ? de Lequier, sans les fragments des cinquième, sixième et septième parties inclus dans les éditions de Renouvier, Dugas, Grenier, Valensi et Clair. La postface de Claire Marin (professeur agrégé de philosophie) met en évidence les différences entre Descartes et Lequier concernant le « je pense » (le cogito). Pour Descartes, le cogito est le fondement sur lequel la connaissance est construite, alors que pour Lequier il est une occasion de douter de l’unité du moi et d’affirmer le libre arbitre. Si Lequier s’inscrit par la forme de ce texte dans la veine réflexive instaurée par les Méditations Métaphysiques de Descartes, sa recherche va au-delà et se trouve en fait à la charnière de deux mondes dans l’histoire la philosophie française. Car la prose philosophique de Lequier, anticipant les analyses de Sartre sur l’homme en situation, dépasse la quête introspective du sujet cartésien. Maître-mot de la philosophie de Lequier, le libre arbitre est le principe métaphysique à l’origine de la difficile quête de soi. Comme Sartre l’affirmera plus tard dans L’existentialisme est un humanisme, Lequier, au cœur du 19ème siècle, a affirmé qu’en faisant, on se fait soi-même. Une pensée résumée dans sa célèbre Formule de la science : « FAIRE, non pas devenir, mais faire, et en faisant, SE FAIRE » (voir Birnbaum, 2009).

Lequier, Jules. « C’est donc ton frère… » Philosophie Magazine (hors-série), « La Bible des Philosophes, L’Ancien Testament ». Août-septembre 2009 (p. 23).

Ce numéro de Philosophie Magazine est consacré à la façon dont les philosophes ont utilisé l’Ancien Testament dans leurs œuvres. Il contient un extrait d’Abel et Abel, accompagné d’un dessin de Tanguy Dohollau.

Lequier, Jules. « La dernière page ». Jacques Brémond éditeur. Frontispice d’Alexandre Hollan. [tirage à 500 ex.

Outre 500 exemplaires imprimés sur un papier crémé industriel, Jacques Brémond a imprimé une trentaine de numéros de La dernière page marqués sur différents papiers artisanaux en provenance de moulins (Pombié, Laroque, Johannot, Cappelades en Catalogne) qui renferment une œuvre originale d’Alexandre Hollan.

Savidan, Rolland et Mahé, Florence. Louis Guilloux, l’insoumis. Société des amis de Louis Guilloux-RS Production.

Ce documentaire sur Louis Guilloux évoque brièvement l’influence de Lequier sur l’écrivain du Sang Noir (voir Guilloux, 1935). On y voit la statue de Lequier au cimetière de Plérin et le rocher Martin, près du lieu où le corps de Lequier a été retrouvé suite à sa noyade.

2010

 Cahiers Jules Lequier – N°1/2010, De Renouvier à Lequier : hommage à Baptiste Jacob (1858-1909) et Gérard Pyguillem (1920-2001), Donald Wayne Viney, Goulven Le Brech, Michel Valensi, Association « Les amis de Jules Lequier ».

Ce premier Cahier Jules Lequier étudie la réception des fragments de Lequier chez Baptiste Jacob (1858-1909) et Gérard Pyguillem (1920-2001), deux spécialistes de la pensée de Renouvier qui se sont passionnés pour le philosophe breton (cf. Jacob, 1905 et Pyguillem, 1985 et 1991). Il contient un article introductif sur la vie et l’œuvre de Lequier par Donald Wayne Viney, un article sur Baptiste Jacob par Goulven Le Brech, la correspondance échangée entre Baptiste Jacob et Charles Renouvier à propos des fragments de Lequier de 1890 à 1892 (correspondance en partie publiée par Jean Grenier dans l’annexe de sa thèse en 1936) et un article de Michel Valensi sur Gérard Pyguillem. Recension par Jérôme Duwa dans la Revue des revues, n°45, printemps 2011 (p. 103-105) et Denis Andro dans les Cahiers Octave Mirbeau, n°18, 2011 (p. 327), signalement dans Confrontations (Bulletin de la Société des Amis de Louis Guilloux), n°23, juin 2010 (p. 62-63).

Citot, Vincent, Le paradoxe de la pensée. Les exigences contradictoires de la pensée philosophique (2009). Paris : Le Félin.

L’auteur pose une question simple : qu’est-ce que penser ? Pour y répondre, convoquer psychologues et neurobiologistes ne suffit pas : il faut y penser soi-même, et entrer dans le cercle de la réflexivité. Un courant philosophique français s’est fait une spécialité de penser la pensée : la « philosophie réflexive » – à laquelle on peut rattacher Lequier. Selon l’auteur, la pensée philosophique a deux exigences essentielles qu’elle doit soutenir également : une « exigence critique » (elle s’attaque aux croyances, aux idoles, aux préjugés et aux impensés en général) et une « exigence méta-critique » (par quoi la pensée se ressaisit en dévoilant le point aveugle de la critique, qui ne peut s’appliquer tout à fait à elle-même sans se contredire). Lequier est convoqué comme l’un des auteurs qui a soutenu au plus haut degré ces deux exigences ; lui qui a donné à la critique de la liberté ses plus solides arguments, tout en montrant que ce scepticisme devait finalement se soumettre à l’affirmation post-critique de la liberté et du sujet.

Dohollau, Heather. La réponse. Éditions Folle Avoine, collection « La petite bibliothèque ».

Dans les dernières années de sa vie, Lequier a tenté à plusieurs reprises de faire dévier le cours tragique de son existence. En avril 1860, il essaie en vain d’obtenir le poste d’archiviste des Côtes-du-nord, puis il entreprend de se marier avec Anne Deszille et de fonder un foyer, enfin il tente de se réconcilier avec son ami Louis Épivent afin de régler ses problèmes théologiques…

Dans La réponse – qui n’est pas une biographie mais bien une création poétique et romanesque – Heather Dohollau dépeint ces ultimes tentatives du philosophe au sein d’un récit entrecoupé de lettres imaginaires. La poétesse nous invite à suivre le philosophe à la fin de sa vie, lors de ses déambulations sur les sentiers douaniers et les grèves briochines. Tard dans la nuit, on le voit errer sur la lande du côté de Plermont puis monter dans sa chambre, où il s’endort, la plume à la main, en face d’un miroir sur lequel il a dessiné une grande croix. On le voit s’entretenir douloureusement avec Anne Deszille, discuter avec sa servante Marianne Feuillet, causer de la pluie et du beau temps avec ses amis douaniers. Échecs et refus s’accumulent, mais le philosophe continue de croire en son génie et aux « coups du sort », jusqu’à l’issue fatale.

Avec beaucoup de finesse, Heather Dohollau se réapproprie les éléments de l’œuvre et de la vie de Lequier consignés dans les lettres et carnets du Fonds Jules Lequier (publiés dans les Œuvres complètes) pour peindre ce portrait vivant et attachant. La réponse, qui est réédité dans la collection « La petite bibliothèque » des éditions Folle Avoine a été initialement publié par cette même maison d’édition avec des dessins de Tanguy Dohollau (voir bibliographie, 1982).

Garfitt Toby. Jean Grenier. Rennes : La Part Commune.

Ce livre, qui est la première biographie à paraître sur Jean Grenier, fait suite à la thèse de doctorat de Toby Garfitt, The work and thought of Jean Grenier (voir Garfitt, 1983). Cet imposant volume de Garfitt – plus de 700 pages – fait souvent référence à l’intérêt non démenti de Grenier pour Lequier et se trouve être de ce fait une véritable mine d’informations pour les spécialistes du philosophe.

Si Grenier consacra son diplôme d’études supérieures au « Problème du mal chez Renouvier », c’est à Lequier et non à son disciple, qu’il consacra sa thèse de doctorat, plusieurs articles et de conséquents travaux d’édition. Dans sa biographie, Garfitt explique que c’est lors d’un séjour en Bretagne, en 1928, que Grenier décida de choisir la philosophie de Lequier comme sujet de thèse (il hésitait jusqu’alors avec un sujet sur la pensée indienne) : « La profonde sensibilité catholique et romantique de Lequier, jointe à l’intérêt obsessionnel dont il faisait preuve pour la liberté, tant divine qu’humaine, faisait de lui un sujet tout indiqué pour Grenier à ce moment de son évolution ; d’autant que l’édition posthume de son ouvrage La Recherche d’une première vérité, due à l’origine à son ami le philosophe Renouvier (à qui Grenier avait consacré son mémoire de DES), venait d’être rééditée en 1924 » (p. 159). Grâce à un compte-rendu rédigé par André Lalande, Toby Garfitt décrit avec minutie la soutenance de thèse de Grenier, qui eut lieu en présence de Lalande (directeur de thèse), Albert Rivaud, Léon Brunschvicg, Léon Robin et Jean Wahl. Malgré des critiques de forme soulevées par Brunschvicg et Wahl, Grenier obtiendra la mention « très honorable » et sa thèse sera publiée en 1936, préfigurant son édition des Œuvres complètes de Lequier (1952). Ainsi que l’atteste la lettre inédite reproduite dans le Cahier Jules Lequier n°2/2011, Grenier s’intéressa à Lequier jusqu’à la fin de sa vie, tant pour la puissance de sa pensée que pour sa dimension existentielle (Garfitt relève cet aspect p. 691-692 de sa biographie lorsqu’il mentionne les entretiens de Grenier avec Louis Foucher).

Par bien des aspects, l’influence de Lequier se retrouve dans le style même de Grenier, mêlant la sensibilité et le lyrisme à la précision et à la rigueur philosophique. D’autre part, les thèmes majeurs de l’œuvre de Grenier, malgré ses incursions dans des aires géographiques et culturelles éloignées, sont comme une résonance et une poursuite de la quête de Lequier. Le choix, problème central de l’œuvre de Grenier (et titre de l’un de ses essais philosophiques), et les angoisses et vicissitudes qu’il suscite face aux nécessités de l’existence, ne suppose-t-il pas au préalable une conception de la liberté comme fondement ontologique de la condition humaine ?

Golvet Sylvie. Louis Guilloux, devenir romancier. Rennes : Presses Universitaires de Rennes.

Il est très succinctement fait mention de Lequier dans cet ouvrage sur Louis Guilloux, dans des notes de bas de page se rapportant au Sang noir (voir Guilloux, 1935).

Le Brech, Goulven. « Le songe chez Lequier ». Oniromancies, Association Le Grognard (p. 43-47).

Le thème du songe joue un rôle important dans la vie et la pensée de Lequier. Dans La feuille de charmille, l’enfant dissipe la vision cauchemardesque de la nécessité en affirmant sa propre liberté. Dans Le Problème de la science, Lequier rappelle à ses lecteurs l’argument cartésien du rêve sur la fiabilité des sens. Ce thème est aussi utilisé par Lequier afin de critiquer l’attitude commune des hommes qui, ne voulant pas se heurter au problème de la liberté face à la nécessité, entretiennent volontairement un rêve éveillé.Le Dialogue du Prédestiné et du Réprouvé se déroule dans un rêve partagé par deux ecclésiastiques concernant le sort qui attend chacun d’entre eux selon la prescience divine. Selon Le Brech, ce rêve est voulu par Satan. Dans Abel et Abel, les jumeaux ont aussi un rêve commun, mais le rêve a ici pour fonction de prédire l’avenir, c’est une « oniromancie » : une divination par les songes, auquel le titre du livre de Le Brech fait allusion.

Lequier, Jules. La fourche et la quenouille suivi de « Science et poésie », préface et notes par Goulven Le Brech. Dessin en frontispice par Tanguy Dohollau. Éditions Folle Avoine, collection « La petite bibliothèque ».

Créées et dirigées par Yves Prié, les éditions Folle Avoine viennent de fêter leurs trente ans d’existence. On trouve dans le catalogue de cette maison d’édition les noms de Georges Palante (Yves Prié est à l’origine de la réédition de ses œuvres avec l’aide de Michel Onfray), Jean Grenier, Louis Guilloux et Heather Dohollau, auteurs imprégnés de l’atmosphère des grèves briochines. À ce prestigieux catalogue manquait un nom, qui n’est autre que celui de Jules Lequier. Les fragments de ce conte breton de Lequier, œuvre de jeunesse du philosophe, se trouvent dans le Cahier C du Fonds Jules Lequier (MS 250). Ils ont été retranscrits en partie une première fois par Jean-Louis Ollivier, le secrétaire du philosophe à la fin de sa vie, puis recopiés par Prosper Hémon (MS 275 du Fonds Jules Lequier). L’édition de ce conte a été faite à partir du microfilm du MS 275. Ce conte breton de Lequier, dont l’existence est signalée dans l’inventaire des archives du Fonds Jules Lequier, est mentionné une première fois dans l’essai de Xavier Tilliette, Jules Lequier ou le tourment de la liberté (p. 202, voir bibliographie, 1964).

La dimension folklorique de ce texte, le fait qu’il soit inachevé et les zones d’ombre qui entourent sa transcription par Ollivier et Hémon ont sans doute nui à sa parution. Il est pourtant étrange que les spécialistes d’un philosophe comme Lequier, qui n’a rien publié de son vivant et chez qui la pensée n’est pas attachée à une période de son existence en particulier, n’aient pas exprimé le souhait de faire connaître un tel texte. Il n’est certes pas question de réflexions proprement philosophiques ou de disputatio théologique dans les fragments qui composent La fourche et la quenouille. Mais ce conte, préfigurant par sa forme et par son fond la parabole biblique des Abel, ne peut pas laisser le lecteur assidu de l’œuvre de Lequier indifférent. Lequier y livre en effet, sans la formuler explicitement, la question clé de sa philosophie, à savoir : comment un individu (en l’occurrence un enfant, à l’instar de l’enfant de La feuille de charmille ou de Abel et Abel) peut-il faire œuvre de son libre arbitre dans un contexte prédéterminé ? Le petit bossu du conte, acceptant le sort qui lui est réservé par son père de devoir quitter la ferme en compagnie de ses frères mais ne se résignant pas pour autant, semble reprendre à son compte la décision finale de l’enfant de La feuille de charmille : « Cela n’est pas, je suis libre ! ».

Ce conte inachevé aborde par ailleurs la position ambivalente entretenue par Lequier durant ses années de jeunesse entre ses aspirations d’homme de science et de philosophe-poète. Il nous a ainsi semblé pertinent de rééditer avec ce conte breton un ensemble de réflexions philosophiques intitulé par Lequier « Science et poésie », publié une première fois par Jean Grenier dans son édition des Œuvres complètes (MS 251, Œuvres complètes, p. 385-391).

Prigent, Christian. Météo des plages. Paris : P.O.L. 

Ce roman poétique de Christian Prigent contient un vers qui évoque le philosophe :

« Au fil aiguisé du courant : fuck, phoque livide !

(C’est le limbe amphibie de Jules Lequier, bolide

Imbibé d’effroi, bulle de lessive de créature

D’affres diffusée dans les inenvergures) »

Revue Europe. Søren Kierkegaard – Penseurs existentiels des années trente – Paul Gadenne. n°972, avril 2010. Recension de Denis Andros, Cahiers Jules Lequier, n°2/2011.

Cette livraison très dense trouve son unité par le fil, évidemment non dogmatique, qui relie Kierkegaard (une première partie de onze textes dont des entretiens avec les spécialistes du penseur danois du Singulier, André Clair – qui propose cette traduction pour  Den Enkelte – et Hélène Politis, et un texte de jeunesse de Lukacs) aux penseurs de l’existence des années trente en France. Cette seconde partie, que nous évoquerons surtout ici, comprend dix contributions consacrées à Benjamin Fondane, Léon Chestov et Nicolas Berdaiev, Jean Grenier, Emmanuel Levinas et Rachel Bespaloff.

« Les philosophies de l’existence qui émergent dans les années trente sont structurées par une critique portant sur les limites de la rationalité, ouverte par Bergson », souligne Margaret Teboul dans un texte (« Naissance du paradigme de l’existence ») décryptant cette séquence. Gabriel Marcel, dont le Journal philosophique paraît en 1927, ouvre des voies vers le présent, la sensation. L’œuvre de Kierkegaard connaît alors, de 1929 à 1941, un « véritable déluge de traductions » (Bruce Baugh, « Ambigüités autour de Kierkegaard en France dans les années trente ») ; mais est aussi introduit Husserl, notamment par Levinas en 1930 (Nicolas Monseu, « Emmanuel Levinas et la découverte de l’existence comme phénomène »). Chez plusieurs penseurs de l’existence, la saisie directe, la confrontation à la raison, l’accent mis sur l’existence plus que sur une philosophie de la connaissance, côtoient l’expérience de la foi et une pensée du religieux, non sans une tension dramatique, voire messianique comme chez les Russes Chestov et Berdiaev (Geneviève Piron, « Les sources russes de la pensée existentielle »). Le sens du tragique traverse également Rachel Bespaloff dans une réflexion où le thème du « silence de Dieu », en ces temps de désolation totale, « devient obsédant dans les derniers textes » (Monique Jutrin, « Rachel Bespaloff : liberté et pensée éthique »). Le penseur et poète Fondane, marqué d’abord par Chestov, engage un temps sa pensée vers l’expérience pré-logique de participation supposée des primitifs qu’il reprend de Lévy-Bruhl (Mikaël Finkenthal : « Benjamin Fondane penseur existentiel ») ; Fondane défend une philosophie existentielle, « ni une philosophie de l’Etre, ni une ontologie, encore moins une anthropologie, mais une philosophie de l’exception tournée vers l’existant hic et nunc » (Till R. Kuhnle, « L’insoutenable fardeau de l’être »). Multiples sont les échanges et échos, entre ces penseurs et avec la génération suivante, d’Henry Corbin rendant hommage à Berdiaev à Camus élève de Grenier. D’autres figures sont évoquées (Simone Weil, trop brièvement). Après-guerre, l’entreprise phénoménologique ou l’existentialisme sartrien s’éloigneront des préoccupations religieuses. Du reste, pour Hélène Politis, « l’existence selon Sartre n’a strictement rien à voir selon l’existence selon Kierkegaard ». Pour autant, Sartre peut-il être réduit à une figure de « nouveau directeur de conscience » (T. R. Kuhnle) ? Sa pensée athée n’est-elle pas, aussi, un retour vers le singulier ?

Jules Lequier est évoqué à deux reprises : d’abord par André Clair dans son entretien avec Patricia Desroche. L’auteur de Métaphysique et existence. Essai sur la philosophie de Jules Lequier (Vrin,  2000) et de Kierkegaard et Lequier. Lectures croisées (Cerf, 2008) retient « dans les affinités (mais aussi les différences sont nombreuses) entre ces penseurs très originaux (…) leur attention à la singularité » : à travers Abel et Abel notamment, Lequier fait pressentir « une existence où la liberté, qui est absolue, prend corps et devient substantielle dans les contraintes de la nécessité, se réalisant ainsi comme responsable ». Le philosophe breton est également évoqué par Toby Garfitt pour son impact sur la pensée de Jean Grenier (« Un passeur de la philosophie existentielle : Jean Grenier ») ; elle s’évalue moins en termes formels, par une influence d’idées, que dans le « mouvement hésitant, circulaire » de certains textes (L’Existence malheureuse, Les Grèves).

Plusieurs pages d’utiles repères chronologiques, de 1925 à 1961, complètent la présentation des penseurs existentiels. Ce numéro décidément stimulant consacre enfin des textes à  « l’homme des « sans » : sans école, sans parti, sans étiquette, sans domicile » (Sophie Balso), l’écrivain Paul Gadenne, qui a aussi fréquenté la pensée de Kierkegaard.

Schoendorff, Odile. « Jules Lequier : la liberté jusqu’à la mort ». Ça presse. URDLA. Centre international estampes et livres. Villeurbanne. N°47, décembre 2010.

Cet article expose succinctement la vie et l’œuvre de Lequier, le fait qu’elle poursuit d’une certaine manière la recherche réflexive de Descartes, et son influence souterraine sur l’existentialisme.

Viney, Donald W. « Éléments sur la vie et la pensée philosophique de Jules Lequyer ». Cahiers Jules Lequier, numéro 1 (p. 9-22). Version revue de « The Principle Points of Jules Lequyer » (Voir Viney, 2000).

Cet article propose un bref exposé de l’influence de Lequier sur l’existentialisme et sur la « process philosophy », suivi d’une chronologie de la vie de Lequier et de cinq points essentiels de sa philosophie. (1) La liberté humaine ne concerne pas uniquement l’action accordée à la volonté ainsi que le soutenait Saint-Augustin ; (2) L’acte libre est un acte créateur ; (3) La liberté revêt un aspect terrible du fait des conséquences imprévisibles de l’acte libre ; (4) La croyance à la liberté n’est pas vérifiée par des preuves empiriques ; (5) L’implication théologique de cette idée de la liberté est que la relation de la créature à Dieu est aussi réelle que la relation de Dieu à la créature, contrairement à ce que pensait Saint-Thomas d’Aquin.

Viney, Donald W. (2010). The Hornbeam Leaf (with facing French text). Pittsburg, Kansas : Logos-Sophia Press (première impression en 2004).

Cette traduction par Viney de « La Feuille de Charmille » comprend une note sur la philosophie de Lequier et une chronologie qui complète celle qui se trouve dans l’édition des Œuvres complètes par Grenier (p. 15), ainsi qu’une bibliographie sélective. Ce document est illustré par un dessin de Michelle Bakay (p. 2), un dessin de Tanguy Dohollau (p. 21) et le portrait de Lequier par Le Gal La Salle reproduit en quatrième de couverture (reproduit une première fois dans Jules Lequier, Goulven Le Brech, 2007).

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